Grande marinade à Pézenas : l'histoire de la marinière, de la marine aux bobos
Grande marinade à Pézenas : l'histoire de la marinière

La Grande marinade de Pézenas : un hommage à Boby Lapointe

Ce samedi 25 avril, à partir de 17 heures, les rues de Pézenas s'animent avec le Printival Boby Lapointe. L'occasion pour la ville de célébrer la "Grande marinade", un rassemblement record de personnes vêtues de la célèbre marinière. En 2025, 3 358 participants avaient battu le record du monde, un chiffre que les organisateurs espèrent dépasser cette année.

L'événement rend hommage au chanteur Boby Lapointe, originaire de Pézenas, qui portait le tricot rayé comme une seconde peau. Mais d'autres artistes de la région ont contribué à la notoriété de ce vêtement, à l'image de la cinéaste sétoise Agnès Varda, qui en portait bien avant Jean-Paul Gaultier, comme le rappelle Laure Adler dans une biographie.

La marinière : un vêtement aux multiples facettes

Dans l'imaginaire collectif, la marinière est souvent associée à la Bretagne, avec son ciré et ses bottes jaunes. Pourtant, son histoire est riche et variée. En Méditerranée, elle est moins courante, mais reste un symbole fort pour les pêcheurs et les jouteurs sétois. Pierre d'Acunto, figure emblématique de Sète, explique : "On porte le tricot rayé pour la fête des pêcheurs, à la Saint-Pierre, début juillet. On le sort de la naphtaline une fois par an. Personne ne va pêcher avec une marinière !"

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Jacques Vié, ancien propriétaire du magasin de vêtements Vié à Sète, fournisseur de maillots rayés depuis 1895, précise : "Les pêcheurs en portaient surtout entre les deux guerres. Après leur service militaire dans la marine, ils gardaient leur paquetage, le caban et deux marinières. C'était un monde dur et pauvre à Sète. Le tricot rayé, très près du corps, servait aussi en cas de chute à l'eau."

Un rôle réglementaire pour les jouteurs

La marinière n'est pas qu'un simple vêtement folklorique. Pour les jouteurs sétois, elle a un rôle réglementaire. Wolfgang Idiri, directeur d'Escale à Sète, souligne : "C'est une tenue d'apparat et de combat, la cotte de mailles du jouteur." Portée sous la chemise, elle protège des chocs de la lance. Les pêcheurs joutent avec le tricot marin pour avoir une épaisseur protectrice.

De la marine nationale à la mode contemporaine

L'origine du tricot rayé français remonte à 1858. La marine nationale a adopté un modèle spécifique avec 21 rayures sur le torse, représentant les victoires navales de Napoléon Ier, et 14 sur les manches pour les défaites. Aujourd'hui encore, les marins français portent ce tricot. La fabrication utilise du fil d'Écosse et un nœud de marin transformé en maille tissée.

La marinière est devenue un vêtement de mode, porté par les "bobos chics nantais" et les notables en vacances. Les prix varient de 35 euros pour des copies chinoises à 95 euros pour des modèles haut de gamme fabriqués en France. Jacques Vié confie : "C'est une grosse bagarre, avec plusieurs marques. Il y a deux machines qui continuent à en fabriquer en France."

Un business concurrentiel

Si les jouteurs et les amateurs de qualité recherchent le véritable tricot marin, le marché est inondé de copies. La marinière reste un symbole fort de l'identité française, mêlant tradition maritime et style contemporain. La Grande marinade de Pézenas est l'occasion de célébrer ce vêtement emblématique, entre histoire et modernité.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale