Iran : après Khamenei, le pouvoir passe aux mains des généraux
Iran : le pouvoir passe aux mains des généraux

La disparition du guide suprême Ali Khamenei a certes provoqué en Iran un séisme politique. Plus encore, elle a ouvert une ère nouvelle où l’autorité religieuse s’efface progressivement derrière une direction militaire collégiale. Si son fils, Mojtaba Khamenei, a bien été désigné comme successeur, son pouvoir demeure, à ce stade, plus théorique que réel. Tour d’horizon des figures clés de cette nouvelle garde rapprochée qui gouverne, dans les faits, l’Iran.

Un guide affaibli, une réalité du pouvoir déplacée

Gravement blessé lors du bombardement qui a coûté la vie à son père, reclus dans un lieu tenu secret, le nouveau guide gouverne à distance. Ses communications sont rares, indirectes, et transitent par des circuits humains discrets. Dans ces conditions, la réalité du pouvoir s’est déplacée. Elle s’est installée là où elle n’a cessé de croître depuis des décennies : au sein du Corps des Gardiens de la révolution islamique.

« Mojtaba gère le pays comme s’il présidait un conseil d’administration. Il s’appuie sur ses membres, et les décisions sont prises collectivement », explique Abdolreza Davari dans les colonnes du New York Times. Dans cette configuration, les véritables décideurs sont les généraux.

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Le nouvel aréopage militaire

Rien d’improvisé ici, cette évolution est le fruit d’une histoire ancienne. Sous Ali Khamenei, les Gardiens de la révolution avaient déjà conquis des pans entiers de l’État, de l’économie et de l’appareil sécuritaire. Mais ils demeuraient, en dernière instance, soumis à l’arbitrage d’une figure unique, à la fois religieuse et politique. La mort du guide a fait sauter ce verrou.

Au sommet de cette nouvelle hiérarchie se trouve Ahmad Vahidi. Homme de l’ombre devenu central, il incarne la continuité stratégique et la fermeté idéologique. Autour de lui gravitent des figures tout aussi déterminantes. Mohammad Bagher Zolghadr pilote l’instance où se prennent les décisions cruciales en matière de guerre et de sécurité. Yahya Rahim Safavi assure, quant à lui, le lien entre les générations et veille à la cohérence doctrinale du régime.

Plus visible encore, Mohammad Bagher Ghalibaf s’impose comme le visage politique de cette militarisation du pouvoir. Ancien général des Gardiens, il a progressivement pris la main sur les dossiers diplomatiques, reléguant au second plan le ministre des affaires étrangères, Abbas Araghchi. C’est lui qui conduit désormais les négociations avec les États-Unis, preuve supplémentaire du déplacement du centre de gravité.

Un « triangle de pouvoir » devenu système

Cette montée en puissance des militaires s’explique aussi par des liens personnels anciens. Mojtaba Khamenei n’est pas un étranger pour eux. Adolescent, il a combattu dans leurs rangs pendant la guerre Iran-Irak. De cette expérience fondatrice sont nées des fidélités durables. Parmi ses proches figurent Hossein Taeb et Mohsen Rezaei. Avec Ghalibaf, ils formaient déjà, bien avant la succession, un cercle informel de pouvoir.

« Mojtaba n’est pas suprême au sens où l’était son père », analyse Ali Vaez dans le New York Times. « Il dépend des Gardiens, qui lui doivent autant qu’il leur doit. » Une relation d’interdépendance qui, dans les faits, tourne à l’avantage des militaires.

Alors que les cartes sont ainsi redistribuées, les institutions civiles apparaissent affaiblies. Le président Masoud Pezeshkian est cantonné aux affaires intérieures. Il gère les pénuries, tente de stabiliser une économie exsangue et évalue des pertes de plusieurs centaines de milliards de dollars. Ses marges de manœuvre restent étroites, notamment face aux choix stratégiques imposés par les militaires.

Gouvernance militarisée

Ces derniers ont fixé la ligne. Ils ont décidé de la fermeture du détroit d’Ormuz, instrumentalisé comme levier géopolitique majeur. Ils ont validé les opérations militaires régionales et dicté le tempo des négociations avec Washington. Ils n’hésitent pas, lorsque nécessaire, à interrompre brutalement les discussions, comme ce fut le cas lors d’un cycle de pourparlers avec Donald Trump, jugé inutile tant que la pression américaine se maintenait.

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Pour autant, le système n’est pas totalement homogène. Des tensions existent. Le président Masoud Pezeshkian et son ministre des affaires étrangères plaident pour une désescalade, conscients du coût économique et social du conflit. À l’inverse, une frange ultraconservatrice, proche de Saeed Jalili, refuse toute concession. Dans les rues, ses partisans réclament la poursuite de la lutte, au nom d’une vision maximaliste de la résistance.

Entre ces pôles, les généraux arbitrent. Jusqu’ici, ils ont fait preuve d’une cohésion remarquable, privilégiant une stratégie mêlant fermeté militaire et pragmatisme diplomatique. Dans une allocution récente, Mohammad Bagher Ghalibaf a d’ailleurs tempéré les ardeurs nationalistes en rappelant une évidence stratégique : « Nos succès militaires ne signifient pas que nous sommes plus puissants que les États-Unis. »