De l'euphorie parisienne à la réalité bretonne
La liesse collective des Jeux Olympiques de Paris s'est estompée, laissant place à un retour au quotidien. À l'usine Doudou et Compagnie de La Guerche-de-Bretagne en Ille-et-Vilaine, à quarante-cinq minutes de Rennes, le rythme effréné de 2024 a cédé la place à un tempo plus mesuré. L'entreprise, retenue pour fabriquer les Phryges – ces mascottes d'abord moquées avant de devenir des icônes – a surfé sur un succès phénoménal en produisant plus de deux millions de peluches.
Un héritage olympique tangible
Deux ans après les JO, les Phryges n'ont pas totalement quitté l'atelier où une vingtaine de couturières se relaient sur différents postes. « On continue d'en fabriquer encore un peu, il y a des nostalgiques », confie Béatrice Orain, directrice de la manufacture, qui évoque clairement « un avant et un après JO ». Elle souligne : « Ce succès des Phryges a été une vraie reconnaissance de notre travail. Toutes les marques du groupe en ont tiré profit et on croule depuis sous les commandes. »
Derrière Doudou et Compagnie se cachent plusieurs marques comme Maïlou, Histoire d'Ours, L'Ours Français ou Baby Nat'. L'entreprise produit également des peluches sous licence pour Roland-Garros, Le Puy du Fou ou plus récemment le Paris Saint-Germain.
La polémique de la production chinoise
Une part significative des Phryges a été fabriquée en Chine, déclenchant une vive polémique. Cependant, plus de 200 000 pièces ont été conçues en Bretagne. Alain Joly, président-fondateur de Doudou et Compagnie, leader français de la peluche, reconnaît : « C'était un sacré challenge pour tout le monde mais on l'a relevé même si c'était épuisant. »
Nouveau chapitre olympique avec Milan-Cortina
Après Paris, l'entreprise bretonne poursuit son aventure olympique en enchaînant sur les Jeux d'hiver de Milan-Cortina 2026. Pour cet événement qui se tiendra jusqu'au 22 février, Doudou et Compagnie a été choisie pour fabriquer les peluches des Flo, six petits perce-neige qui partageront la vedette avec Tina et Milo, les deux hermines jumelles mascottes officielles.
Alain Joly explique : « Cela n'est pas de la même ampleur que pour les JO de Paris mais c'est un projet important qui nous permet de faire perdurer l'esprit des jeux et de garder un lien avec le monde olympique. »
Stratégie de relocalisation en France
Pour Milan-Cortina, 130 000 peluches ont été confectionnées dans l'usine chinoise de l'entreprise, principalement pour des raisons de coût. « Cela revient à sept fois moins cher de produire là-bas », justifie le PDG. Cependant, l'atelier breton participe activement en fabriquant 900 peluches en édition limitée, numérotées et estampillées « made in France ».
Alain Joly ne cache pas son ambition de renforcer ce savoir-faire local. « L'objectif à terme est de relocaliser 10 % de la production du groupe ici, soit 500 000 pièces, ce qui est trois fois plus que ce qu'on fait actuellement », affirme-t-il, fier d'être encore « l'un des seuls à fabriquer en France ».
Cette stratégie de relocalisation représente un engagement fort pour l'économie bretonne et la préservation du savoir-faire artisanal français dans l'industrie de la peluche.