Manifeste choc : la face sombre du football amateur en Occitanie dévoilée
Les problèmes d'incivilités dans le monde amateur représentent un enjeu crucial pour l'avenir du football. Stéphan Segura, entraîneur des gardiens à l'AS Béziers et acteur du football régional depuis plus de trente ans, publie un manifeste percutant qui dénonce la banalisation des comportements inacceptables sur les terrains occitans.
Un lanceur d'alerte expérimenté brise le silence
Stéphan Segura n'est pas un novice dans le football occitan. Gardien de but, dirigeant, délégué officiel, membre de commissions et aujourd'hui entraîneur des gardiens à l'AS Béziers, il connaît intimement le terrain. Cependant, c'est en tant que lanceur d'alerte qu'il fait désormais parler de lui. Son manifeste, fruit d'un long travail de recueil de témoignages d'acteurs directs, met en lumière un mal profond qui ronge le football régional : la normalisation des incivilités.
"Je suis dans le football amateur depuis plus de 30 ans. Aujourd'hui, je parle en tant que lanceur d'alerte parce que ce que j'observe sur les terrains ne correspond plus du tout à l'image rassurante que donnent les chiffres officiels", confie Stéphan Segura. "Le cœur du problème, c'est que les insultes, menaces, pressions et violences verbales sont devenues quasi ordinaires dans le football amateur, mais qu'une grande partie n'est jamais consignée ni déclarée."
Il souligne que les statistiques fédérales, qui ne montrent que quelques milliers d'incidents pour des centaines de milliers de matchs, sont trompeuses. En réalité, l'omerta règne par peur de sanctions sportives ou de représailles voilées, masquant une réalité bien plus sombre.
Des exemples concrets et alarmants
Le constat de Stéphan Segura s'appuie sur des situations de terrain brutales et inquiétantes. Il cite notamment :
- Un arbitre subissant des insultes régulières mais gardant le silence par crainte d'être pris pour cible, car il officie souvent auprès des mêmes clubs.
- Un jeune arbitre de 17 ans, encerclé sur un parking par une dizaine de personnes après un match. Traumatisé, l'adolescent a arrêté son activité sans jamais prévenir les instances, faisant ainsi disparaître l'incident des registres officiels.
- Des éducateurs insultés devant leurs élèves et des parents hurlant sur des arbitres de catégorie U13.
"Tout cela est rarement consigné comme incident et pourtant, c'est ce qui détériore chaque week-end davantage le climat", déplore Stéphan Segura. "Les incivilités sont massivement sous‑déclarées. Elles ont un impact direct : les arbitres quittent le terrain, les éducateurs s'épuisent et les bénévoles se découragent."
Il ajoute que ces dérives ne sont pas le fruit du hasard, mais reflètent des problèmes sociétaux plus larges. "Quand un enfant voit chaque semaine des adultes insulter un arbitre ou un gamin de l'équipe d'en face, on lui apprend que l'insulte et la menace sont des réponses normales à la frustration. Les clubs amateurs sont des lieux d'éducation populaire. Si on laisse l'ambiance se dégrader dans ces structures, on perd cette dimension-là."
Des propositions concrètes pour agir
Face à ce tableau sombre, Stéphan Segura ne se contente pas de dénoncer ; il propose des solutions pratiques. Présent sur la liste de l'ancien président sortant de la Ligue d'Occitanie Arnaud Dalla-Pria, battu aux dernières élections par Guy Glaria, il avance plusieurs idées :
- Mettre en place un référent respect – incivilités formé et identifié au sein de chaque club, présent les jours de matches et non pas un simple nom dans l'organigramme.
- Assurer le respect scrupuleux du protocole d'accueil et d'accompagnement des arbitres, surtout les plus jeunes, incluant leur arrivée, leur passage au vestiaire et leur sortie du terrain.
- Organiser des réunions de début de saison avec les parents et les capitaines pour établir un cadre clair sur ce qui est toléré et ce qui ne l'est plus.
- Créer des outils anonymes pour signaler les incidents non déclarés, afin de compléter les statistiques officielles et de travailler sur une image plus réaliste.
"Le plus important pour moi, c'est que la parole des arbitres et des éducateurs soit entendue, pas seulement la mienne", conclut l'auteur du manifeste.
La réponse de la Ligue d'Occitanie
La Ligue d'Occitanie a déjà défini des orientations disciplinaires strictes pour la saison 2025-2026, visant à lutter efficacement contre toutes les formes de violences. Sous la présidence de Guy Glaria, l'objectif est d'appliquer des sanctions fortes et sans dérogation pour les indisciplines graves, notamment les brutalités.
La commission de discipline régionale prévoit une aggravation systématique des suspensions et des amendes, en ciblant particulièrement les attitudes incorrectes des éducateurs en charge d'équipes de jeunes. Elle peut également prononcer des retraits de points, des suspensions de terrain avec repli obligatoire à plus de 50 km, et même des exclusions de compétition.
Pour contrer l'omerta, la commission s'appuie désormais sur un faisceau de preuves élargi, encourageant l'envoi de témoignages détaillés, de photos et de vidéos. L'objectif est de protéger joueurs, arbitres, dirigeants et bénévoles tout en appliquant des sanctions adaptées.
La balle est désormais dans le camp des clubs et des instances. La protection des bénévoles, des éducateurs et des officiels s'impose comme une priorité absolue pour le football amateur. L'enjeu est immense, et la prise de conscience indispensable pour agir avant qu'il ne soit trop tard.