Les adolescents français révèlent des valeurs plus conservatrices que prévu
Une enquête exclusive menée par l'Ifop pour le magazine Elle, du 19 au 23 décembre 2025, auprès de 1 000 jeunes âgés de 15, 16 et 17 ans, dresse un portrait surprenant de cette génération. Intitulée « Radioscopie des adolescents de 15 à 17 ans », cette étude approfondie explore les grandes thématiques qui structurent la vie des lycéens français aujourd'hui.
Des priorités ancrées dans des valeurs traditionnelles
Les résultats montrent que les adolescents placent en tête de leurs préoccupations des éléments souvent associés à des positions conservatrices. La famille arrive en première position avec 98 % des jeunes la citant comme importante, suivie de près par l'amitié à 97 %. L'argent occupe une place significative avec 94 %, tandis que les réseaux sociaux recueillent 65 % des suffrages et la religion 42 %.
François Kraus, directeur du pôle politique et société de l'Ifop, commente ces chiffres pour Elle : « Cette génération n'est pas aussi progressiste que la caricature que l'on en fait parfois. Ils sont attachés à des valeurs généralement perçues comme étant “de droite”, telles que la famille ou l'argent, et particulièrement inquiets des risques liés à leur sécurité ».
Un rejet marqué de la critique religieuse
L'un des enseignements les plus frappants de cette étude concerne la perception de la laïcité et des religions. Les lycéens condamnent majoritairement les critiques envers les religions, avec 63 % des filles et 53 % des garçons exprimant cette position. Ce rejet s'intensifie considérablement parmi les jeunes se déclarant croyants :
- 76 % des catholiques jugent inacceptable la critique d'une religion
- 92 % des musulmans partagent cette opinion
- 47 % des athées adoptent également cette position
Au total, 81 % des adolescents croyants considèrent comme inacceptable la critique d'une religion. L'Ifop note que « les valeurs morales des jeunes apparaissent d'autant plus conservatrices qu'elles sont influencées par la morale religieuse ».
Des positions contrastées sur les questions sociétales
L'étude révèle également des divergences significatives concernant les droits des personnes LGBT. Si 28 % des 15-17 ans dans leur ensemble jugent le changement de genre inacceptable, ce pourcentage s'élève à 57 % chez les jeunes musulmans. De même, 49 % des adolescents musulmans s'opposent aux relations amoureuses entre personnes du même sexe, contre seulement 13 % pour l'ensemble des jeunes interrogés.
Ces données soulignent que les jeunes musulmans se montrent « parmi les plus rétifs aux droits des LGBT », selon les termes de l'étude. Le sondage met également en lumière que le rejet de la critique religieuse est plus prononcé dans les catégories populaires, avec des taux allant de 61 à 65 %.
Cette enquête approfondie démontre que la loi sur la laïcité, souvent au cœur des débats publics, n'est pas toujours bien comprise par les adolescents français. Elle révèle une génération plus complexe que les stéréotypes habituels, partagée entre des attachements traditionnels forts et des positionnements variés sur les questions sociétales contemporaines.