Anglet : une opération choc contre le protoxyde d'azote au volant
Ce mercredi 15 avril, les forces de l'ordre ont mené une vaste opération de sensibilisation sur les dangers du protoxyde d'azote, communément appelé « gaz hilarant » ou « proto », du côté de la Chambre d'Amour à Anglet. En présence d'un médecin addictologue, des policiers ont interpellé de jeunes conducteurs pour les alerter sur les risques mortels liés à l'inhalation de cette substance avant ou pendant la conduite. « Ce n'est pas un gaz hilarant, c'est un fléau qui tue », insiste la commissaire Anaïs Lefrançois, chef du district de Bayonne par intérim.
Un accident tragique qui a marqué les esprits
L'opération fait écho à un drame survenu à Alès, dans le Gard, où trois jeunes de 14, 15 et 19 ans sont morts noyés dans une piscine privée. Les analyses post-accident ont révélé que le conducteur était positif au cannabis, à l'alcool, mais aussi au protoxyde d'azote. Quatre bonbonnes de ce gaz avaient été retrouvées dans l'habitacle du véhicule. Cet événement médiatisé a souligné l'urgence d'agir face à la consommation en flèche de cette substance légale en France.
Des saisies et des témoignages édifiants
Lors de l'opération à Anglet, les motards de la brigade cycliste motorisée de Bayonne ont arrêté plusieurs véhicules, principalement conduits par des jeunes, cible privilégiée de ce gaz (N2O) détourné de son usage culinaire. Sept bonbonnes ont été saisies, dont certaines portant les noms évocateurs de « Black Cobra » ou « Strawberry ». Un commandant de police explique : « Ces capsules sont énormes et pèsent très lourd, près de trois kilos pour la plus grosse. Pour l'instant, nous ne pouvons que les saisir et dresser une amende forfaitaire délictuelle. »
Les témoignages recueillis sont alarmants. Un jeune immatriculé dans les Hauts-de-Seine a reconnu en avoir déjà consommé, décrivant un effet rapide d'euphorie et de rire incontrôlable. Un couple d'étudiants en kinésithérapie à Bordeaux a avoué que cette pratique est devenue banale en soirée, perçue comme récréative et sociabilisante.
Les risques sanitaires et l'arsenal juridique en construction
Régine Daguerre, médecin addictologue et élue à Anglet, présente sur place, met en garde : « Le proto, c'est dangereux, ça fait des ravages : on risque l'asphyxie par manque d'oxygène, des brûlures à froid, des vertiges, voire une perte de connaissance et une chute. » Elle cite le cas d'une patiente de 22 ans souffrant de sévères troubles neurologiques suite à des consommations répétées.
Face à cette crise, les pouvoirs publics renforcent la législation. Actuellement, la vente est interdite aux mineurs, et des amendes s'appliquent pour la distribution dans certains lieux. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pris un arrêté interdisant la détention, le transport et la consommation dans les espaces publics du département. La commissaire Lefrançois précise : « Un arsenal juridique est en construction, trois délits vont être créés punissant sa consommation et son transport. » Ces mesures s'inscrivent dans un projet de loi contre la délinquance organisée, visant à instaurer un « choc d'autorité » selon le ministre de l'intérieur.
Le Pays basque, comme d'autres régions, n'échappe pas à cette surconsommation, notamment lors d'événements comme les Fêtes de Bayonne. Cette opération de prévention souligne l'importance d'une action concertée pour endiguer un phénomène aux conséquences potentiellement mortelles.



