Gale au CRA de Bordeaux : des députés constatent des conditions indignes
Gale au CRA de Bordeaux : des députés constatent l'indignité

Deux députés de Gironde, Marie Récalde (PS) et Nicolas Thierry (Les Écologistes), ont visité le Centre de rétention administrative (CRA) de Bordeaux, frappé par une épidémie de gale depuis début mai. Ce jeudi 21 mai, ils ont pu constater par eux-mêmes les conditions de vie des 17 personnes retenues.

Des conditions sanitaires alarmantes

Imran, l'un des retenus, soulève son t-shirt, nerveux. « Il y a de la maladie ici, tout le monde devient fou. Je me gratte toute la nuit. » De petits boutons constellent son dos et ses mains, typiques de la gale. La contagion touche le CRA de Bordeaux depuis début mai. Ce jeudi, les 17 pensionnaires se bousculent pour atteindre leurs visiteurs, racontant plus vite, plus fort. Face à eux, les deux députés peinent à faire le tri.

Les parlementaires exercent leur droit de visite en compagnie de trois journalistes. Ils entendaient jauger sur place les conditions de vie dans l'un des plus petits CRA de France, situé au sous-sol du commissariat central. Cette visite intervient six jours après le refus du tribunal administratif de fermer le centre, alors que la Cimade et l'Ordre des avocats estimaient la situation « attentatoire à la dignité humaine ».

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La gestion de l'épidémie

Pour l'Agence régionale de santé (ARS), l'état sanitaire n'empêchait pas le centre de fonctionner. Sa direction a préféré suspendre les entrées le temps d'en finir avec la gale. La tension montait à l'intérieur, et la peur de la maladie reste palpable. « Je peux vous le dire, ce n'est pas la gale, c'est grave », s'imagine encore un retenu. Les deux infirmières présentes chaque jour et le passage fréquent d'un médecin peinent à calmer l'inquiétude de ce public vulnérable.

La plupart vivaient à la rue, sont en détresse psychologique ou souffrent d'addictions. « Il a fallu les convaincre de prendre un traitement pour le bien de tous, de donner leurs affaires pour les désinfecter. Cela n'a pas été évident », précise le chef du CRA par intérim. « Ici, il faut sans cesse expliquer. Un dialogue permanent. » Et complexe. La crainte de la contagion fait monter la tension parmi les personnes retenues.

Des conditions de vie indignes

Ce jeudi, une odeur de javel flotte encore dans certains couloirs. Le carrelage, encore humide par endroits, vient d'être nettoyé. « Ils refont tout quand des visiteurs viennent », maugrée Ali. Dans un français hésitant, il s'excuse pour son empressement. « Des fois, je parle avec la rage parce que j'en ai marre. » Comme ses camarades, l'Algérien attend une hypothétique expulsion vers son pays d'origine.

« Nous n'avons pas de produits de toilette ou de nettoyage. En prison, on a droit à tout ça. C'est pire ici », se plaint un autre homme. Ils passent leurs journées sur le lit ou dans la salle commune. À côté, un baby-foot et quelques équipements sportifs s'alignent dans une petite cour à l'odeur douteuse. Il faut lever la tête pour apercevoir le ciel à travers les grilles. Des arbres et des herbes folles ont été peints sur les murs de béton.

Un détournement du rôle de la rétention

« Il y a un décalage entre ce que l'on nous dit et ce que nous avons vu, qui porte atteinte à la dignité humaine. Leur état physique pose aussi question », estime Nicolas Thierry. À la sortie, le député livre son sentiment « d'une extension du milieu carcéral ». 13 des 17 retenus arrivent directement d'une prison. Ils y ont purgé leur peine, parfois longue, mais représentent encore un risque de trouble à l'ordre public pour l'autorité judiciaire. Au CRA, elle se donne 90 jours au maximum pour organiser leur départ de France.

« Ce sont des gens dont on ne sait plus quoi faire, regrette Marie Récalde. On fait jouer aux CRA un rôle qui n'est pas le leur. Celui d'une forme de continuation de la condamnation pénale. Un sas entre la sortie et le départ de France. » Les parlementaires peuvent visiter les lieux de privation de liberté à tout moment et sans préavis, une disposition prévue par la loi.

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Une pratique inefficace

Une pratique dont la Cimade fustige l'inefficacité dans un récent rapport. « Le détournement de plus en plus flagrant de la rétention renforce les amalgames dangereux entre étrangers et délinquants », estime-t-elle. En 2025, seuls 36 % des 16 500 étrangers retenus ont été expulsés. À Bordeaux, la durée moyenne de rétention a crû de douze jours en un an pour atteindre quarante-quatre jours. L'effet double du risque de trouble à l'ordre public et des querelles diplomatiques avec l'Algérie.

Pendant près d'un an, le pays a refusé les expulsés contraints. « Même pour les retours volontaires c'est difficile, livre un policier. S'ils téléphonent au consulat depuis le CRA, on ne leur répond même pas. » À Bordeaux, 14 des 17 retenus actuels sont Algériens. Coincés.

Le nouveau Centre de rétention administrative de Bordeaux pousse sur 2,4 hectares, à Mérignac. L'édifice accueillera jusqu'à 140 étrangers en situation irrégulière. Longtemps attendu, le chantier a subi des dégradations en début d'année. « Les clés doivent nous être remises à la fin de l'été », livre la directrice départementale de la police aux frontières. Les premiers retenus pourraient l'intégrer en fin d'année.