Les dossiers judiciaires concernant Jeffrey Epstein, rendus publics par le ministère américain de la Justice, contiennent de multiples références au Dalaï-Lama, le chef spirituel bouddhiste tibétain. Selon un décompte effectué par l'Agence France-Presse, son nom apparaîtrait 154 fois dans ces documents, tandis que la chaîne de télévision publique chinoise CGTN évoque le chiffre de 168 mentions.
Aucune preuve de rencontre avec Epstein
Il est crucial de noter qu'aucun élément concret ne permet d'affirmer que le Dalaï-Lama a effectivement rencontré Jeffrey Epstein, le financier américain condamné pour trafic sexuel et mort en prison en 2019. Malgré l'absence de preuves, plusieurs médias chinois ont largement relayé la présence de son nom dans ces dossiers sensibles.
Face à cette médiatisation, le bureau du Dalaï-Lama a publié un communiqué officiel pour clarifier la situation. « Certains articles récents dans les médias et certaines publications sur les réseaux sociaux concernant les dossiers Epstein tentent d'établir un lien entre Sa Sainteté le dalaï-lama et Jeffrey Epstein », peut-on lire dans le texte. « Nous pouvons confirmer sans équivoque que Sa Sainteté n'a jamais rencontré Jeffrey Epstein et n'a jamais autorisé quiconque à le rencontrer ou à interagir avec lui en son nom ».
Les accusations spécifiques de CGTN
La chaîne chinoise CGTN a fourni des détails supplémentaires concernant ces références. Elle mentionne notamment un courriel daté de 2012, envoyé à Jeffrey Epstein par un expéditeur dont l'identité a été masquée. Dans ce message, il est suggéré à Epstein de se rendre « sur une île où le Dalaï-Lama se rendra ». La réponse présumée d'Epstein aurait été : « allez à l'événement », sans qu'il ne précise s'il comptait y participer personnellement.
La chaîne publique chinoise insiste également sur le fait que le nom du Dalaï-Lama figure dans « de nombreux courriels personnels » d'Epstein, bien qu'elle ne fournisse pas de contexte expliquant pourquoi ces références apparaissent ou quelle était leur nature exacte.
Contexte politique et historique
Cette affaire s'inscrit dans un cadre politique plus large marqué par des tensions persistantes entre la Chine et le Dalaï-Lama. Pékin considère la région du Tibet comme une partie intégrante de son territoire, une position que le chef spirituel tibétain a toujours contestée, plaidant pour une plus grande autonomie.
En 2023, le Dalaï-Lama avait déjà fait l'objet d'une controverse internationale lorsqu'une vidéo le montrant embrassant un petit garçon avant de lui demander de lui sucer la langue avait circulé sur les réseaux sociaux. L'incident, filmé à Dharamsala en Inde, avait provoqué un tollé. Le Dalaï-Lama avait ensuite présenté ses excuses publiques, qualifiant ce geste de plaisanterie « innocente et ludique » qu'il regrettait profondément.
La mention répétée du Dalaï-Lama dans les dossiers Epstein offre ainsi un nouvel angle aux médias chinois pour critiquer le leader tibétain, dans un contexte où les relations entre Pékin et les partisans de l'autonomie tibétaine restent tendues.