Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a affirmé ce dimanche 3 mai, lors d'une visite du site d'une free party géante près de Bourges, que le gouvernement était déterminé à « mieux réprimer » ce type de « rassemblements musicaux illégaux », notamment par un projet de loi prévoyant deux ans de prison pour les organisateurs. Voici les éléments du bras de fer en cours entre le gouvernement et la communauté raver.
Free party sur un terrain militaire
La fête a commencé vendredi 1er mai au matin sur un champ de tir militaire près de Bourges, dans le Cher. L'affluence a gonflé jusqu'au samedi soir sans interruption pour atteindre jusqu'à 40 000 participants en début de soirée, selon le collectif de soutien Tekno Anti Rep, présent sur place.
La préfecture du Cher alerte depuis le début de l'événement sur le danger lié à la présence de munitions non explosées dans certaines zones de ce terrain de la direction générale de l'armement (DGA), utilisé depuis plus d'un siècle. Les forces de l'ordre et des démineurs de la DGA ont d'ailleurs dû intervenir samedi soir après la découverte d'un obus à proximité de la route départementale qui traverse le champ de tir, « en bordure du site du Teknival », a annoncé la préfecture.
A Cornusse, petit village à moins de deux kilomètres de là, les nuisances sonores sont restées réduites grâce à un vent favorable et cette foule imprévue pose surtout des problèmes logistiques, comme la collecte des déchets, explique la maire Edith Raquin à l'AFP. Selon elle, la cohabitation se passe bien entre la population et les teufeurs.
Revendication politique
Les organisateurs du Teknival ont confirmé avoir choisi ce terrain militaire près de Bourges, ville natale de Laurent Nuñez, afin de protester contre des textes législatifs visant à durcir les sanctions contre les organisateurs de free parties et leurs participants.
« Cette revendication ne fera que renforcer la détermination du gouvernement à mieux réprimer ce type d'organisation sauvage que nos concitoyens ne comprennent pas », a rétorqué le ministre après avoir visité le dispositif mis en place par les autorités. Il a assuré que « tous ceux qui sortent de ce Teknival » seraient « verbalisés à double titre », pour avoir pénétré sur un terrain militaire et avoir participé à un rassemblement illégal.
Fin d'événement ce dimanche ?
« Ça a commencé à se vider, il y avait beaucoup de gens qui étaient en train de plier bagages » ce dimanche matin, a déclaré à l'AFP un teufeur de 21 ans, qui a récolté au passage une amende de 135 euros pour participation à un événement interdit. Aucune date officielle n'a été communiquée pour la fin de l'événement. « C'est les organisateurs qui coupent le son quand ils veulent. Ils ont parlé du 3 mai dans la journée », sans plus de précisions, dit-il.
« Il y aura sûrement quelques départs aujourd'hui pour ceux qui travaillent demain (lundi) mais le gros des participants n'est pas près de partir », estime un autre participant, ingénieur venu du sud de la France.
« On a vu arriver tout ce monde vendredi et ça a été très surprenant. Beaucoup sont arrivés par notre gare car c'est l'une des plus proches du site. La commune n'a pas été bloquée mais on redoute un peu le départ des festivaliers et ce que l'on va retrouver » comme déchets, a déclaré à l'AFP le maire d'Avord, Alain Blanchard.
Pour « Nono », fêtard de 28 ans, « l'organisation est vraiment top et il y a même le tri des déchets », écrit-il, photo à l'appui. « Une benne à ordures a été mise en place. Le site est super propre. Comme hier, il va y avoir une coupure dans la journée pour le nettoyage », assure de son côté l'ingénieur.
Visite de Nuñez
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez est arrivé sur place en fin de matinée pour visiter le dispositif déployé pour encadrer ce rassemblement, qui comprend quelque 600 gendarmes répartis sur 14 points de contrôle. Selon le bilan de la préfecture ce dimanche matin, 54 personnes ont été prises en charge par les services de secours depuis le début de l'événement. Les contrôles avaient donné lieu à 250 verbalisations pour rassemblement illégal et 75 verbalisations pour détention de stupéfiants.
Le ministre, qui a rencontré agriculteurs, riverains et élus locaux, a insisté sur « les nuisances » provoquées ce type d'événements « qui n'obéissent à aucune règle juridique ». « Pour que ça ne se reproduise plus, il faut durcir les sanctions », a-t-il lancé. Selon le ministre, 337 « rassemblements musicaux illégaux » ont été recensés en 2025, avec en moyenne 300 personnes. Seulement 4 % ont dépassé le millier de participants.
Bras de fer politique
Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, présenté sous la forme d'un faux arrêté préfectoral, les organisateurs expliquent vouloir protester notamment contre la proposition de loi 1133 qui veut renforcer la pénalisation des rave-parties non déclarées ou interdites. Ce texte prévoit une peine de six mois d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende pour sanctionner « le fait de contribuer de manière directe ou indirecte à la préparation, à la mise en place ou au bon déroulement » d'une rave-party non déclarée ou interdite.
Présenté fin mars en conseil des ministres, un projet de loi intitulé « Ripost », porté par Laurent Nuñez, prévoit même 2 ans de prison et 30 000 euros d'amende pour l'organisation d'une rave party non déclarée. Un délit de participation à ces événements serait en outre créé. La participation à l'organisation de l'événement y est définie de manière très large, jusqu'à la « diffusion des informations pratiques ».
Des rassemblements sont prévus les 30 mai, 6 et 13 juin dans plusieurs villes dont Paris, pour dénoncer le durcissement législatif qui plane sur les free parties.



