Jamais, dans l'histoire de la ligue de Nouvelle-Aquitaine, des équipes d'hommes n'avaient participé aux championnats régionaux de natation artistique. Ce dimanche 3 mai, à Villenave-d'Ornon, les Duck Vador l'emportent sur les Espadons. Quatre cents yeux braqués sur huit braves en slip. « On s'apprêtait à plonger quand j'ai dit aux autres : ''On dirait que tout le monde nous regarde'' », rigole Philippe Rossignol. Ce dimanche 3 mai, les Espadons de Villenave-d'Ornon ont marqué l'histoire. Leur équipe est la première exclusivement masculine à sauter dans le grand bain des championnats régionaux de natation artistique (anciennement synchronisée) de Nouvelle-Aquitaine.
Sous une moiteur tropicale et devant un public chauffé à blanc, ils s'inclinent devant les Duck Vador. Les Périgourdins décrochent le premier titre décerné à une formation mâle. « On termine quand même sur le podium », positive un Villenavais. « Pour une prestation moyenne, en plus », renchérit un camarade. Peu importe la qualité précaire des portés.
Au nom des pères
À chaque position verticale, à chaque inspiration hors de l'eau, le même vacarme d'encouragements. Les cris des équipes de femmes et de filles de tout âge, assemblées autour du bassin, couvre le funk rock des Red Hot Chili Peppers. « On n'entendait presque plus la musique. Rien que pour cette ambiance, cela valait le coup », sourit Manuel Luce, à la sortie de l'eau. Une ovation à la hauteur de l'enjeu.
Devant les caméras de TF1, venues spécialement pour eux, les canards de Dordogne et les poissons de Villenave symbolisent l'ouverture d'une discipline jusqu'alors quasi exclusivement féminine. Dans le sillage du film « Le Grand Bain », quand les hommes osent, l'égalité des sexes progresse. « Mes filles sont dégoûtées. Leur père joue les blaireaux cinq minutes, et tous les médias rappliquent », se marre Olivier Chatain. Les Duck Vador de Périgueux décrochent le premier titre régional 100 % masculin.
Des pères de nageuses devenus compétiteurs
Les Espadons sont d'abord des pères de nageuses. Tous ne comptent pas leurs heures au sein du club des Sirènes d'Ornon. Leur arrivée dans les bassins tient de la blague potache. « Tout est parti d'un apéro de début de saison, il y a deux ans, se souvient Stéphane Blain, nageur et président des Sirènes. La première année, on s'est seulement produits lors des galas, pour plaisanter avec nos filles. On trouvait ça bien de ne pas se prendre au sérieux. »
La « bande de potes » s'est prise au jeu. Les entraînements ont continué. La natation artistique ne souffre pas l'à peu près. Rigueur, synchronisation, capacités physiques. « C'est un sport tellement difficile, souffle Stéphane Blain. Nos gamines sont largement meilleures que nous. » La fille de Manuel Luce a endossé le rôle de coach. Le groupe barbote deux à trois fois par mois. Rarement au complet. Il faut jongler avec les vacances scolaires et les obligations professionnelles. Hommes ou femmes, figures et portés sont les mêmes.
La décision de briguer le titre régional a été prise au dernier moment. L'inscription des Duck Vador a piqué les Espadons. « C'est chez nous ici, on voulait relever le challenge. Nous avons terminé le ballet seulement mardi », sourit Stéphane Blain. Ils l'ont pratiqué à huit pour la première fois le jour J. Pas de victoire à la clé. Mais une haie d'honneur réciproque avec leurs rivaux de Dordogne. « En artistique, on nage ensemble, certifie Stéphane Blain. Pas contre les uns contre les autres. »



