Sanae Takaichi réélue, le Japon s'engage dans une politique expansionniste et nationaliste
Sanae Takaichi réélue, le Japon vers une politique expansionniste

Sanae Takaichi triomphe aux élections législatives japonaises

La Première ministre Sanae Takaichi a remporté une victoire décisive aux élections législatives du 8 février, conservant ainsi son poste après avoir mis en jeu sa position. « Nous avons remporté un grand nombre de sièges, nous allons tenir nos engagements », a déclaré la sexagénaire, affichant une confiance renouvelée. Bien que les électeurs ne soient pas toujours familiers avec les détails de la politique du Parti libéral démocrate (PLD) qu'elle préside, ils ont accordé deux tiers des sièges de la chambre basse à ce parti de droite, largement en raison de son leadership charismatique.

Un leadership féminin et populaire

« C'est une femme, et cela réjouit beaucoup de monde », explique Nana Takamatsu, consultante et spécialiste de sociologie politique. Sanae Takaichi impressionne par son style, sa personnalité dynamique, son entrain et son ambition, qu'elle a démontrés quotidiennement durant la campagne électorale. Contrairement à de nombreux hommes politiques établis, elle n'est pas issue d'une dynastie familiale, ce qui renforce son image de leader indépendant.

Lors de ses discours de rue, une cinquantaine en deux semaines, elle a évité toute critique directe de l'opposition, préférant marteler des promesses et slogans percutants :

  • Redonner le sourire grâce à une économie forte
  • Faire des régions des moteurs économiques
  • Défendre le pays
  • Remettre le Japon au centre de la diplomatie mondiale
  • Réformer la constitution en conformité avec notre époque

Cette stratégie a séduit de nombreux Japonais, notamment les jeunes, assoiffés d'espoir et d'assurance. L'opposition, quant à elle, n'a pas su proposer un message aussi puissant, laissant la gauche japonaise totalement laminée. Cependant, Sanae Takaichi reconnaît les défis à venir : « il va falloir concrétiser et c'est une lourde responsabilité ».

Une politique budgétaire expansionniste en vue

Avec 316 sièges sur 465, le PLD détient une majorité écrasante à la chambre basse, lui permettant d'adopter des lois même en cas d'opposition de la chambre haute. En alliance avec le Parti de l'Innovation, qui détient 36 sièges et se présente comme un accélérateur des réformes de droite, le gouvernement dispose d'un pouvoir quasi illimité.

« Le cœur de mon programme, c'est une politique budgétaire expansionniste responsable », insiste Sanae Takaichi devant les journalistes, reprenant des arguments déjà avancés lors des débats sur une rallonge budgétaire l'an passé. Désormais aux commandes, elle prévoit de soumettre un budget similaire pour l'année comptable débutant le 1er avril, à décider en urgence. Elle affirme que les investissements actuels sont insuffisants et que l'État doit s'engager pour entraîner les entreprises, citant dix-sept secteurs prioritaires.

Le Japon, avec le soutien du secteur privé et des pouvoirs publics, s'est déjà engagé à investir 550 milliards de dollars dans des projets majeurs aux États-Unis, sélectionnés en collaboration avec Donald Trump. Ce dernier a soutenu la Première ministre lors des élections, et selon le Nikkei, il presse pour un déblocage plus rapide des fonds, avec une visite prévue à la Maison Blanche le 19 mars.

Défis économiques et mesures populaires

Face à l'inflation, première préoccupation des Japonais dont les salaires stagnent, Sanae Takaichi a promis la mise en place d'une conférence citoyenne pour examiner la suppression temporaire de la taxe sur la consommation (TVA) sur l'alimentation. Toutefois, elle s'est gardée de garantir le vote de cette mesure, populaire mais contestée au sein du PLD en raison de contraintes budgétaires.

Les économistes restent sceptiques, notamment après ses éloges du yen faible durant la campagne, qu'elle qualifie de « grande chance » pour les entreprises. Pourtant, la chute de la devise nippone aggrave les difficultés des PME et alimente l'inflation, source de mécontentement général.

Réformes de sécurité nationale et ambitions constitutionnelles

Sanae Takaichi entend marquer son mandat par des réformes majeures en matière de sécurité nationale. Elle vise à modifier la doctrine de défense, en accélérant l'augmentation du budget militaire et en élargissant l'éventail d'équipements exportables, y compris des armes létales, pour consolider l'industrie de défense japonaise.

Inspirée par son mentor Shinzo Abe, elle rêve de réformer la Constitution, jamais amendée, en commençant par l'article 9 sur le renoncement à la guerre, pour y inscrire explicitement l'existence d'une armée japonaise. Des rumeurs circulent également sur son intention de revenir partiellement sur les trois principes antinucléaires de 1967, bien qu'elle refuse de s'engager clairement sur ce point.

Dans un entretien passé au magazine Hanada, elle a expliqué que le principe de ne pas accueillir d'armements nucléaires sur le territoire japonais lui semblait préjudiciable à la défense nationale, arguant qu'il est réformable car non inscrit dans une loi internationale ratifiée.

Nationalisme et relations avec la Chine

Sanae Takaichi est une nationaliste appréciée pour sa fermeté face à la Chine, souvent critiquée par la presse d'extrême droite proche de son entourage. Elle promet aux Japonais de restaurer la fierté nationale, basée sur les technologies, la diplomatie, la puissance militaire et les valeurs du pays, tout en réduisant la dépendance économique vis-à-vis de ce voisin perçu comme menaçant.

Un exemple frappant est celui des terres rares. Influencée par l'économiste Yoichi Takahashi, elle est convaincue que le Japon dispose d'un trésor caché, suite à la découverte récente d'un gisement potentiel près de Minamitorishima. Bien que les coûts et la faisabilité technique restent incertains, elle y croit fermement, entraînant le peuple dans son optimisme.