Dominique Reynié s'immisce dans le débat sur la fin de vie avec une étude percutante
Le politologue Dominique Reynié, à la tête du think tank libéral Fondapol, publie une analyse fouillée sur la réception par les Français de la proposition de loi relative à l'aide à mourir. Alors que ses promoteurs, dont la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, affirment un large soutien populaire, Reynié démontre rigoureusement l'inverse.
S'appuyant sur un sondage OpinionWay mené auprès de 3021 personnes représentatives, il conclut : « Les Français n'approuvent pas la proposition de loi visant à légaliser l'euthanasie et le suicide assisté ». Pour lui, le débat a été « empêché », la procédure menée « au pas de charge » et l'information biaisée.
Une préférence nette pour les soins palliatifs
Reynié souligne que lorsque l'alternative des soins palliatifs est introduite dans les questions, les opinions basculent. « La préférence pour les soins palliatifs est très nette », explique-t-il, avec une opposition forte aux dispositions du texte. 70 % des sondés craignent que cette loi sème la discorde familiale, et l'hostilité est marquée chez les moins de 35 ans et les plus de 65 ans.
Le politologue rappelle que 180 000 Français meurent annuellement sans accès aux soins palliatifs nécessaires, un déficit documenté par la Cour des comptes et l'Académie de médecine. Il doute que les investissements requis soient réalisés, citant la crise financière du pays.
Un texte radical et une urgence suspecte
Reynié critique l'utilisation du terme « aide à mourir » plutôt qu'« euthanasie », y voyant une dissimulation. « Peut-on parler d'aide à mourir pour un geste qui vise à administrer une substance mortelle ? », interroge-t-il. Il estime que la mort est présentée comme un soin, un retournement complet du sens des mots.
Il dénonce l'urgence législative, avec des amendements rédigés en quelques jours après le rejet du Sénat, et une convention citoyenne qu'il juge insuffisante. « Tout va au pas de charge ! », s'exclame-t-il, soulignant que seuls neuf pays sur 193 ont légalisé l'euthanasie.
Des conséquences alarmantes et un débat étouffé
Reynié cite l'exemple des Pays-Bas, où près de 150 000 personnes ont été euthanasiées depuis 2002, ce qui équivaudrait à 600 000 cas en France sur 20 ans. Il alerte sur les dérives observées à l'étranger, comme l'euthanasie d'enfants ou de personnes dépressives, peu évoquées en France.
Il note le silence des grandes figures politiques et intellectuelles, attribué à la crainte d'être perçues comme conservatrices ou religieuses. « Cette loi va changer la société française de façon irréversible », prévient-il, appelant à un débat plus approfondi.
Enfin, Reynié rappelle que l'Assemblée nationale a voté le texte en première lecture avec une majorité étroite de 52,8 %, loin d'un consensus, et que le Sénat a rejeté la version la plus radicale, révélant une France divisée.