La proportionnelle aux législatives, un débat reporté à la présidentielle
L'instauration d'une dose de proportionnelle aux élections législatives, réclamée par une partie de la classe politique, constitue « un débat de présidentielle », a affirmé ce dimanche la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon. Interrogée sur France Info, la ministre a estimé qu'un éventuel changement n'aurait pas le temps d'aboutir d'ici à 2027, ajoutant : « À titre personnel, je n'y suis pas favorable ».
Une tribune signée par des personnalités de premier plan
Cette déclaration intervient alors qu'une soixantaine de personnalités politiques, d'historiens et de politologues ont plaidé samedi, dans une tribune publiée dans La Tribune Dimanche, pour l'instauration avant la présidentielle de 2027 de la proportionnelle aux législatives. Ils y voient « un nouveau souffle démocratique pour la France ».
Parmi les signataires figurent :
- L'ancien président François Hollande
- Les ex-Premiers ministres Élisabeth Borne et Bernard Cazeneuve
- Le président du groupe Modem à l'Assemblée nationale Marc Fesneau
- Les dirigeants des Écologistes Marine Tondelier, Cyrielle Chatelain et Guillaume Gontard
- Le président de Place publique Raphaël Glucksmann
- Les présidents des groupes socialistes Boris Vallaud et Patrick Kanner
- Le président Renaissance de la commission des lois Florent Boudié
Des experts comme les politologues Loïc Blondiaux, Antoine Bristielle et Frédéric Sawicki, le constitutionnaliste Benjamin Morel, la sociologue Dominique Méda, l'historien Christophe Prochasson ou encore le directeur du think tank Terra Nova Thierry Pech ont également apposé leur signature.
Un scrutin actuel accusé de favoriser l'extrême droite
Les signataires dénoncent un scrutin majoritaire qui « ralentit, voire bloque souvent, cette recherche indispensable de solutions susceptibles de rassembler des majorités ». Ils estiment que cette situation « dégrade l'image de la démocratie et nourrit la tentation du recours à un pouvoir fort », favorisant selon eux la montée de l'extrême droite.
Ils mettent en garde contre un scénario où l'extrême droite pourrait profiter de l'effet « winner takes all » (le gagnant prend tout) associé au scrutin majoritaire. Avec seulement un tiers des voix, elle pourrait obtenir une majorité absolue à l'Assemblée nationale. Dans une Ve République dotant l'exécutif de pouvoirs étendus, « il n'y aurait plus alors qu'un pas à franchir pour transformer notre démocratie en un régime autoritaire », argumentent-ils, évoquant des risques similaires à ceux observés aux États-Unis sous Donald Trump.
Une réforme possible mais politiquement bloquée
Les signataires affirment que l'instauration de la proportionnelle pourrait se faire rapidement, de nombreuses forces politiques y étant favorables. Ils demandent l'inscription « le plus rapidement possible au Parlement » d'un texte déjà déposé à l'Assemblée, initié par les députés Erwan Balanant (MoDem), Guillaume Gouffier-Valente (Renaissance), Jérémie Iordanoff (Écologistes) et Marie Récalde (PS).
Maud Bregeon a répondu fermement : « Si je remets ma casquette de porte-parole [du gouvernement], je dirais simplement que c'est là un débat de présidentielle et que, en tout état de cause, ce ne sera pas une proposition qui aboutira d'ici à l'élection ». Cette position gouvernementale semble donc enterrer toute possibilité de réforme avant 2027, renvoyant le débat sur la proportionnelle aux législatives au cœur des discussions pour la prochaine élection présidentielle.