Macron et le verrouillage des institutions
Emmanuel Macron multiplie les nominations destinées à « protéger les institutions de la France face à l’éventualité d’une victoire de la droite populiste aux élections présidentielles de l’an prochain », écrit The Economist. Ainsi a-t-il nommé un nouveau chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, mais également Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, Richard Ferrand au Conseil constitutionnel, et il va choisir prochainement un nouveau gouverneur pour la Banque de France.
Le président français s’inquiète du « risque de mainmise du Rassemblement national sur l’État ». Et il a « de bonnes raisons », estime l’hebdomadaire libéral britannique. Rares sont, en effet, les pays où un président de la République dispose d’autant de pouvoirs : nomination du Premier ministre, pouvoir de dissolution de l’Assemblée nationale, proclamation de pouvoirs exceptionnels, nominations aux postes clés de l’État…
Réaction indignée de Jordan Bardella : le président sortant « verrouille nos institutions de manière à en garder le contrôle ». Pourtant, l’exemple de la Hongrie de Viktor Orbán montre que le remplacement de l’État de droit libéral par un « État illibéral de connivence » est un risque sérieux. Le constitutionnaliste Benjamin Morel, interviewé par The Economist, estime que le risque le plus sérieux est celui qui permet au président français, en vertu de l’article 11 de notre Constitution, de convoquer un référendum qui lui permettrait de se soustraire au droit communautaire.
Un autre sujet de préoccupation concerne l’indépendance de la justice. « Les responsables du RN nient toute intention antidémocratique. Le RN pourrait même gagner des soutiens en affirmant que c’est M. Macron qui manigance avant de quitter ses fonctions. »
Un roman démodé fait un jeune auteur star
« Un roman très démodé a fait d’un très jeune auteur une star », écrit Thomas Rogers dans le New York Times. Après avoir cartonné durant des mois dans la liste des best-sellers du monde germanique, Lázár, récemment paru en anglais, ne fait pas l’unanimité auprès des critiques américains. Son auteur, Nelio Biedermann, un étudiant suisse de Zurich d’origine hongroise, renoue avec le genre de l’épopée familiale pour raconter l’histoire tragique de l’Europe au XXe siècle : guerres mondiales, occupations, persécutions, nazisme et stalinisme… Il a recueilli quantité d’anecdotes auprès d’une de ses grands-mères, réfugiée de Hongrie après l’invasion soviétique de son pays en 1956.
Les critiques allemands ont comparé Lázár aux Buddenbrook, le roman historique qui valut à un auteur de vingt-six ans, Thomas Mann, une reconnaissance immédiate. Biedermann a achevé le sien à 20 ans. Mais Becca Rothfeld, dans un article à charge paru dans le New Yorker, estime qu’il s’agit plutôt d’un plagiat de « La Marche de Radetzky » de Joseph Roth. « Make it new ! », recommandait Ezra Pound aux écrivains de sa génération. Il semble que la formule du succès littéraire en Europe soit dorénavant « make it old ! ».
Sonnez vieux. D’où le succès de films, tirés des classiques de la littérature et tournés de manière très conventionnelle, comme le Dracula de Luc Besson, Hurlevent de Emerald Fennell, ou encore la Chronique des Bridgerton, pastiche des romans de Jane Austen.
Mais certains critiques estiment qu’il s’agit d’un véritable signe des temps. Dans le Telegraph, Camilla Grudova écrit : « Lázár démontre avant tout que le morne réalisme de tant de millennials ne satisfait pas la nouvelle génération. Pour les romanciers de la génération Z, ce style est complètement dépassé. Lázár, c’est l’avenir maintenant. »
Le roman de Biedermann sera traduit en vingt-cinq langues. La version française sortira, cette année, chez Belfond. L’adaptation cinématographique est déjà prévue. Elle sera tournée sous la direction de Tom Tykwer, le réalisateur de l’extraordinaire série Babylon Berlin.
L’Allemagne vit-elle à crédit ?
Quand il était enfant, ses parents emmenaient Harald Martenstein en vacances dans les pays du sud de l’Europe. « Avec nos Deutsch Mark, nous pouvions nous offrir les meilleurs hôtels et les meilleurs restaurants », écrit le bouillant éditorialiste et romancier dans le Welt am Sonntag. Comment en sommes-nous arrivés à la situation actuelle de l’Allemagne, où lorsqu’on rentre de voyage, on ressent une impression de relative pauvreté, d’absence de confort et de modernité ? Comme tant d’autres pays européens, l’Allemagne vit à crédit.
À présent, les dirigeants allemands parlent de vendre une partie des réserves d’or du Trésor et de suspendre les limites fixées par la Constitution à l’endettement public. Mais la charge de la dette absorbe déjà 80 milliards d’euros par an, selon Martenstein. « Parfois, je pense que mon pays est tombé entre les mains d’une bande de pillards. La seule chose qui leur importe, c’est de parvenir à continuer à ce rythme pendant quelques années supplémentaires. Et après, le déluge », écrit un journaliste qui s’est élevé contre l’idée d’interdire l’AfD, mais qui ne soutient pas pour autant le parti d’extrême droite.
« Il va pourtant falloir adapter notre État-providence à la baisse de nos finances publiques », conclut-il en regrettant l’absence d’un « Churchill allemand ». Si un tel personnage existait, il dirait à ses compatriotes : « Je n’ai rien d’autre à vous offrir que des coupes budgétaires, de la sueur et des larmes. » Rappel : avec 74 000 $, le PIB par habitant de l’Allemagne, en 2025, est supérieur à celui de la France (66 276 $).
Trump punit Merz en rappelant ses soldats d’Allemagne
Les rapports entre le président américain et le chancelier allemand se dégradent rapidement. Tandis que Friedrich Merz critique l’absence de stratégie des Américains en Iran, Donald Trump balance sur son compte Truth Social : « Il n’a aucune idée de ce dont il parle. Il n’est pas étonnant que l’Allemagne se porte si mal, tant sur le plan économique que sur d’autres. »
L’Allemagne avait pourtant « tout fait pour ne pas affronter directement Washington », selon l’Espagnol El Pais, qui estime que l’annonce du retrait de 5 000 militaires américains d’Allemagne constitue un « avertissement à toute l’Europe ».
Tandis que le Spiegel s’inquiète du caractère erratique et imprévisible de la politique américaine sous la présidence de Trump, Die Welt relève que les pouvoirs du président dans ce domaine sont limités. Par une loi d’autorisation de la Défense Nationale (NDAA), votée fin 2026, le Congrès interdit au Pentagone de réduire les effectifs américains affectés à la défense de l’Europe sous le seuil de 76 000 militaires pendant plus de 45 jours. Actuellement, 36 400 militaires américains sont stationnés en Allemagne, 12 600 en Italie, 10 000 au Royaume-Uni et 4 000 en Espagne.
Reste que le retrait de 5 000 soldats américains d’Allemagne constitue « un mauvais signe envoyé à la Russie », selon Daniel Kochis de l’Hudson Institute, cité par El Pais. Pour le Premier ministre polonais, Donald Tusk, « la plus grande menace pour la communauté transatlantique ne vient pas de ses ennemis extérieurs, mais de la désintégration en cours de notre alliance. Nous devons faire tout ce qu’il faut pour inverser cette tendance désastreuse. »
C’est après toute l’Europe qu’en a manifestement Donald Trump. Il vient, en effet, d’annoncer une punition politique sous la forme d’une hausse des droits de douane sur les voitures et camions en provenance d’Europe. Le « tarif » passerait de 15 % à 25 %. Le Wall Street Journal relève que 15 %, c’est ce que subissent les constructeurs japonais et coréens. Avec 700 000 véhicules vendus par an, le marché américain représente 1/5e des exportations européennes. Mais cela reste marginal, dans un pays où sont vendus 16 millions de véhicules chaque année. Le président américain traite plus mal les vieux alliés des États-Unis que certains de ses adversaires déclarés.



