La poignée de mains de dix secondes entre Donald Trump et Xi Jinping pourrait rester dans les livres d'histoire comme le symbole d'un tournant. D'une bascule. De ce moment où la Chine a pris l'ascendant – ne serait-ce que psychologique – sur les États-Unis dans la course au leadership mondial.
Une scène lourde de symboles
La scène s'est déroulée à Pékin cette semaine. Donald Trump s'avance vers Xi Jinping, lui serre respectueusement la main sans chercher à lui déboîter l'épaule comme il le fait habituellement avec les autres dirigeants. Il lui adresse quelques mots et tapote la main qu'il tient à plusieurs reprises de sa main gauche. Pendant ce temps, le président chinois reste impassible. Il ne fait pas un mouvement en direction de son homologue américain, n'ouvre pas la bouche et se contente d'afficher une sérénité rassurante et confiante.
Un message clair pour le monde
Le message envoyé au monde est clair : tandis que les États-Unis s'agitent, empêtrés dans une guerre mal préparée contre l'Iran, la Chine garde son sang-froid et se prépare tranquillement à prendre le contrôle de Taïwan le moment venu. Dans cette bataille de la communication, Xi Jinping a également marqué des points en expliquant sagement vouloir éviter le piège de Thucydide. Dans son récit de la guerre du Péloponnèse, cet historien grec analysait il y a 2 400 ans la chute de Sparte et l'ascension d'Athènes. Là encore, le message est clair : si les deux pays veulent rester en paix, les États-Unis ne doivent pas chercher à empêcher l'émergence inéluctable de la Chine.
Un parallèle historique révélateur
Cinquante-quatre ans après la visite de Richard Nixon chez Mao Zedong et le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, la mise en garde est révélatrice du chemin parcouru. Les États-Unis demeurent de loin la première puissance économique et militaire du monde, mais cette façon trumpienne de montrer les muscles en permanence, de déclarer des guerres et de défier ses alliés tout en allant chercher l'onction de l'Oncle Xi pour rassurer les marchés trahit une autre réalité : le déclin américain est engagé. La chute de Sparte, après tout, fut une longue agonie.



