À un an de l'élection présidentielle française de 2027, le nom de Vincent Bolloré enflamme le débat public. Présent dans l’édition avec Grasset, le cinéma avec Canal+ et les médias avec CNews, le milliardaire conservateur de 74 ans voit ses intentions politiques faire l’objet de nombreuses spéculations. Financier redoutable et fervent catholique, le Breton est accusé à gauche de mener bataille pour les idées d’extrême droite. Lui-même s’en défend : « Tout ça, c’est des tartes à la crème. Je n’ai aucun projet idéologique », jurait-il en 2024 lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Pour autant, il a lancé un cercle de réflexion, l’Institut de l’Espérance, dont le manifeste est attendu prochainement. Son but : « Ramener du bon sens et de la prospérité pour la France et les Français », a-t-il déclaré début avril devant la commission parlementaire sur l’audiovisuel public.
Un empire tentaculaire
Via les groupes dans son giron, le magnat est présent dans la télévision (groupe Canal+), la radio (Europe 1), la presse (JDD et magazines du groupe Prisma) et l’édition (Hachette). Un vaste empire qui fait des remous. En avril, des dizaines d’écrivains ont claqué la porte de l’éditeur Grasset après le limogeage du PDG Olivier Nora, qu’ils imputent à Vincent Bolloré. Celui-ci a répliqué dans le « JDD » en moquant « une petite caste » et en balayant les « attaques » sur son « idéologie » : « Je suis chrétien démocrate ». Puis, au démarrage du Festival de Cannes, une tribune de professionnels a dénoncé « l’emprise » d’un « patron d’extrême droite » sur le cinéma français, dont Canal+ est le premier financeur. Une crise a éclaté et Canal+ a menacé de ne plus travailler avec les signataires.
Médias et accusations d'extrême droite
Côté médias, CNews, Europe 1 et le « JDD » sont accusés par la gauche de promouvoir une vision d’extrême droite dans leur traitement des questions d’insécurité ou d’immigration. « CNews est un succès parce que CNews raconte la vérité », rétorquait Vincent Bolloré devant les députés en 2024. Quinzième fortune de France selon « Challenges », il tient fermement les rênes de la holding familiale. Sous son contrôle, deux de ses fils, Cyrille et Yannick Bolloré, dirigent respectivement les groupes Bolloré et Havas.
Les origines de l'empire
La source de cette saga est la manufacture de papier d’Odet, dans le Finistère, fondée en 1822 puis reprise par l’aïeul de Vincent Bolloré. Alors jeune banquier d’affaires à Paris, celui-ci a sauvé l’entreprise familiale en 1981 en reprenant avec son frère les usines Odet-Cascadec-Bolloré (OCB), alors à l’agonie. Il est passé du papier à cigarettes au film plastique, puis aux condensateurs électriques. Bolloré Technologies est entré en Bourse en 1985. Cette aventure lui a donné une image de patron sympathique, proche de la jeune droite libérale - François Léotard, Alain Madelin et Gérard Longuet, son beau-frère par alliance.
Un prédateur selon ses détracteurs
Ses affaires se sont développées et les raids se sont enchaînés, ciblant notamment les médias : Bouygues (maison mère de TF1), Pathé, Havas, Ubisoft. « C’est un prédateur. Il se cache puis, comme un diable qui sort de sa boîte, il agit », juge un ex-collaborateur. Au lancement de la télévision numérique terrestre (TNT) en 2005, Vincent Bolloré a gagné sa première chaîne, Direct 8. Il l’a revendue à Canal+ contre des parts de sa maison mère Vivendi, dont il a pris le contrôle en 2014 et qui a été scindée fin 2024.
Sous sa houlette, Canal+ a changé : éviction de cadres, fin du « Zapping » ou des « Guignols ». La rédaction d’iTélé (qui deviendra CNews) a entamé une grève historique, comme celles d’Europe 1 puis du « JDD » plusieurs années après. Une autre télé de la galaxie Bolloré, C8 (anciennement Direct 8), a perdu son autorisation d’émettre en 2025, à cause des dérapages de son animateur vedette, Cyril Hanouna. En 2022, le groupe Bolloré s’est séparé de son emblématique branche logistique en Afrique (ports, entrepôts, etc.). Les activités africaines du milliardaire lui vaudront d’être jugé en décembre à Paris, notamment pour corruption au Togo entre 2009 et 2011. Malgré les critiques, Vincent Bolloré jure qu’il n’est « pas du tout un Attila » et nie « inspirer la terreur » : « Je ne l’inspire qu’à des gens qui ne m’ont jamais vu et qui croient un certain nombre de petites lettres me décrivant comme un type épouvantable qui fait des choses horribles ».



