Des industriels allemands envisagent un avion de combat national face aux tensions avec Dassault
Allemagne : des industriels veulent un avion de combat national

Des industriels allemands envisagent un avion de combat national face aux tensions avec Dassault

Des représentants industriels allemands ont annoncé ce lundi que l'Allemagne devrait développer son propre avion de combat, dénonçant vivement l'attitude du constructeur français Dassault Aviation sur le programme d'avion de combat européen SCAF. Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de ce projet clé de coopération militaire.

Critiques acerbes contre Dassault

Dans les colonnes du quotidien économique allemand Handelsblatt, le vice-président du puissant syndicat de la métallurgie IG Metall, Jürgen Kerner, et la présidente de la Fédération allemande des industries aéronautiques, Marie-Christine von Hahn, ont exprimé leur mécontentement. « Depuis près d'un an, l'entreprise française Dassault revendique de facto la mainmise sur le projet », ont-ils déploré avec force.

Désigné comme maître d'œuvre du programme SCAF, l'avionneur français réclame davantage d'autonomie pour la fabrication, une position qui irrite profondément l'Allemagne et l'Espagne, partenaire du programme depuis 2019. Les deux signataires allemands considèrent cette attitude comme « une invitation à nous renier sur le plan industriel : ça ne peut pas passer », soulignant ainsi les divergences fondamentales qui menacent la coopération.

Berlin renforce ses ambitions militaires

Avec Berlin se dotant désormais des moyens budgétaires nécessaires pour renforcer son armée face à la menace russe, les industriels allemands estiment que le moment est venu de repenser la stratégie. L'heure n'est plus de rejoindre « un projet multinational », mais plutôt de lancer « notre propre programme », en recherchant activement « des partenaires souhaitant y participer ».

Ils rappellent que le SCAF ne se limite pas à un simple avion, mais repose sur un ensemble de systèmes intégrés : « Conduite sans pilote, capteurs, mise en réseau, propulsion, armement : tout doit interagir de manière innovante ». Cette vision technologique complexe alimente leur réflexion sur l'opportunité de développer une solution nationale.

Une proposition radicale : deux avions au sein du SCAF

Les deux dirigeants industriels posent une question fondamentale : « Pourquoi nous accrocherions-nous donc à un super-jet unique qui devrait tout faire et satisfaire tous les intérêts ? ». Ils proposent une réponse audacieuse : « La réponse cohérente est la suivante : deux avions au sein d'un SCAF européen commun ».

Pour Jürgen Kerner et Marie-Christine von Hahn, un tel changement ne représenterait pas un échec, mais bien « l'entrée dans la maturité » du projet. Cette approche permettrait de concilier les ambitions nationales avec la coopération européenne, en évitant les blocages actuels.

Un projet clé en suspens

Lancé en 2017, ce projet phare de la coopération militaire franco-allemande vise à remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols d'ici à 2040. Il s'inscrit dans un contexte plus large de réarmement européen face aux tensions accrues avec la Russie, nécessitant des investissements stratégiques majeurs.

Fin janvier, le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé que la décision concernant la poursuite du programme SCAF était de nouveau reportée, tout en assurant rester « en dialogue intensif avec la France ». Ce report souligne les difficultés persistantes à trouver un consensus entre les partenaires.

Vers un possible revirement allemand

Les médias allemands évoquent désormais un potentiel revirement de l'Allemagne en faveur du projet concurrent GCAP, qui rallie déjà le Royaume-Uni, l'Italie et le Japon. Cette alternative pourrait offrir à Berlin une voie de sortie face aux impasses du programme SCAF, tout en maintenant une coopération internationale.

Les déclarations des industriels allemands reflètent ainsi une profonde frustration et une volonté croissante d'autonomie stratégique. Elles mettent en lumière les défis de la coopération européenne en matière de défense, où les intérêts nationaux et industriels entrent souvent en collision avec les ambitions communes.