Miguel Maduro, ancien président du comité de gouvernance de la Fifa créé après le scandale du « Fifagate », brise le silence. Dans un entretien accordé à 20 Minutes, il détaille les pressions subies et affirme que l'institution n'a pas réellement changé sous la présidence de Gianni Infantino.
Un mandat sous tension dès le départ
Maduro, professeur de droit portugais, a été recruté en 2017 pour superviser les réformes de gouvernance. Sa seule exigence : une indépendance totale, garantie sur le papier. Mais rapidement, il constate que « la volonté de réforme, si tant est qu'elle ait existé, se heurtait aux intérêts des uns et des autres ». Il ajoute : « Je me suis totalement trompé » en pensant que la pression publique suffirait.
Pressions directes et contournement des règles
Maduro raconte un épisode clé avant le Mondial 2018 en Russie. Il refuse l'intégration de Vitali Moutko, vice-Premier ministre russe et proche de Vladimir Poutine, à la Fifa. Un proche d'Infantino lui aurait alors répondu : « Cela va faire un peu de bruit dans la presse pendant une semaine. Mais on passera très vite à autre chose ». Maduro comprend alors que « la Fifa ne se réformera jamais par elle-même ».
Autre exemple : son comité devait écarter un candidat à la présidence de la Confédération asiatique (AFC) pour non-coopération avec le comité d'éthique. Un proche d'Infantino lui demande de « trouver une solution » pour ne pas nuire aux relations avec l'AFC. « Dès qu'on voulait faire appliquer les règles, on se heurtait à un mur de résistance », résume Maduro.
Infantino : un président qui contrôle tout
Selon Maduro, Infantino n'a « aucune envie de réformer le système ». Il souhaite « un comité indépendant qui réponde à ses ordres », un simple « organe de ratification de ses propres décisions ». Maduro estime qu'Infantino est « le produit de la culture de la Fifa » et que le système actuel lui permet d'asseoir son pouvoir.
Interrogé sur le « prix de la paix » remis à Donald Trump par Infantino, Maduro juge que cela « dépasse les limites du principe de neutralité politique ». Il déplore que le comité d'éthique n'ait rien fait.
Un système de patronage et d'achat de soutiens
Maduro affirme que « le système est le même qu'avant le Fifagate ». La Fifa fonctionnerait sur un système de « patronage politique » : le président utilise les revenus colossaux pour récompenser les fédérations loyales via des programmes de développement, et nomme des personnes à des postes bien rémunérés pour « acheter leur soutien politique ».
Il explique le silence des anciens collaborateurs par la dépendance professionnelle : « La plupart des personnes qui ont été en lien avec ce monde en dépendent encore professionnellement. Ils ont tout à perdre à prendre la parole contre la Fifa, qui a le pouvoir de ruiner leur carrière. »
L'affaire Balogun : une décision politique
À propos de l'expulsion de l'attaquant américain Balogun lors du Mondial, levée sans suspension pour le match suivant, Maduro estime que l'article 27 invoqué « ne permet même pas de lever cette suspension ». Il y voit une « application sélective des règles » et une « décision politique ». Selon lui, les « motivations financières et politiques prennent le dessus sur le critère sportif ».
Interrogé sur l'impact potentiel de cette affaire sur Infantino, Maduro se montre cynique : « Non, Infantino va rester au pouvoir. Il va faire comme la Fifa a toujours fait : ne pas alimenter le bruit, surtout maintenir le silence. » Il n'a « aucun espoir que cet exemple, aussi scandaleux soit-il, pousse des politiques à mettre la pression sur Infantino ».



