Une audience très attendue par la filière noisette se profile. La prochaine échéance judiciaire a été fixée au 23 juin, date à laquelle un total de 6 000 euros de consignation devra être versé par l'ensemble des plaignants pour envisager un procès. Ce premier jalon judiciaire marque l'aboutissement d'un conflit larvé, décliné pendant de longs mois sous forme de mails, SMS, messages WhatsApp et pétition, désormais porté sur la place publique.
Une plainte pour diffamation et injures
La plainte pour diffamation et injures vise Christian Pezzini, ancien directeur général d'Unicoque jusqu'en 2015, personnage emblématique du secteur. Ses détracteurs sont la coopérative Unicoque basée à Cancon, son président Thierry Descazeaux, son actuel directeur Jean-Luc Reigne, ainsi que l'Association nationale des producteurs de noisettes (ANPN), son président Axel Crestian et sa directrice Maud Thomas. Ils réclament un euro symbolique pour leur préjudice moral personnel et 10 000 euros pour chacune des deux entités.
Un courriel déclencheur
La procédure judiciaire repose sur un seul courriel de Christian Pezzini, intitulé « dernière salve », adressé le 14 décembre 2025 aux producteurs, dont certains sont adhérents à l'ANPN et à Unicoque, ainsi qu'à des salariés et ex-salariés de la coopérative. L'ancien directeur, faisant état de l'obtention d'une aide financière de 3 millions d'euros dans un contexte de crise économique de la filière, entendait « dévoiler quelques vérités ». Il dénonçait la gestion de la structure, évoquant des « dissimulations de résultats », des « hausses de salaires injustifiées », des « investissements guidés par l'ego », du « népotisme », un management toxique responsable d'une « mauvaise ambiance », et la « dérive irrévocable » de l'ANPN.
Pour les dirigeants en place, la manœuvre est inacceptable. Leur conseil pointe la « virulence manifeste » contenue dans les cinq pages du texte, qui porterait « une atteinte directe et particulièrement grave à l'honneur et à la considération » des personnes visées, « ainsi qu'à l'image et à la réputation de l'ANPN et de la coopérative Unicoque ».
La défense : un lanceur d'alerte
Christian Pezzini, par la voix de son avocat Me Jean-François Renaudie, s'inscrit en faux. Il estime avoir voulu « alerter les producteurs sur la gravité de la situation, questionner la gouvernance et la stratégie d'Unicoque et de l'ANPN, et encourager un sursaut collectif ». Cette position s'inscrit dans la continuité de son engagement public en faveur de la filière, récemment illustré par la pétition parlementaire sur l'acétamipride, et ce, sans aucune contrepartie financière ni intérêt personnel direct. « Ses propos doivent être appréciés à la lumière du régime de protection des lanceurs d'alerte, qui commande une interprétation stricte de la loi pénale répressive et une large protection de la liberté d'expression dans un débat d'intérêt général », plaide Me Renaudie.
Malgré nos sollicitations, Me Benjamin Lajuncomme, représentant des parties civiles, n'a pas donné suite à notre proposition de s'exprimer sur ce dossier.



