Un déjeuner de travail entre le RN et le Medef
Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a rencontré ce lundi le bureau exécutif du Medef pour un déjeuner de travail qui a duré plus de deux heures. Cette rencontre s'inscrit dans la série d'entretiens que l'organisation patronale mène actuellement avec les chefs des principaux partis politiques français, quelques jours seulement après un dîner entre Marine Le Pen et plusieurs dirigeants du CAC 40.
Des échanges courtois mais sans tabou
À l'issue de cette rencontre très commentée, Jordan Bardella a qualifié les échanges d'« extrêmement courtois » et a insisté sur le caractère transparent des discussions. « Des échanges sans tabou, transparents, sur l'économie française », a-t-il précisé, mentionnant notamment les thèmes de la fiscalité et des normes qui ont été abordés.
Le chef du Rassemblement national a cependant fermement refusé de qualifier cette rencontre d'audition. « Je ne suis pas en audition à l'école », a-t-il affirmé, répondant ainsi aux critiques et aux interrogations sur la nature de ce rendez-vous. Interrogé sur un éventuel tournant libéral de son parti, Bardella a répondu croire « dans la liberté d'entreprendre » tout en précisant que le RN « ne change pas d'un iota sur les mesures que l'on défend » concernant l'immigration, le millefeuille territorial ou encore l'Union européenne.
Un projet d'ordonnance de simplification
Dans une lettre commune adressée aux chefs d'entreprise et publiée sur X lundi matin, Jordan Bardella et Marine Le Pen ont annoncé leur intention d'élaborer un grand projet d'ordonnance de simplification pour le début d'un éventuel mandat présidentiel en 2027. Ce projet vise explicitement à « lever les verrous normatifs qui freinent le développement économique de la France », en ciblant particulièrement les contraintes juridiques et administratives issues notamment des textes européens.
Les dirigeants du RN ont également indiqué confier à trois de leurs cadres, dont le député de Moselle Alexandre Loubet présent à ce déjeuner, l'organisation de rencontres avec « les principales fédérations professionnelles françaises ainsi que les organisations représentant le monde économique ». Alexandre Loubet, accompagné du conseiller spécial François Durvye, faisait partie des trois représentants du RN à ce déjeuner, mais aucun n'a communiqué sur le contenu précis des discussions avec le Medef.
Des réactions contrastées
L'invitation du Medef à Jordan Bardella a suscité des réactions vives dans le paysage politique et syndical. La CFDT a notamment dénoncé du « cynisme » de la part de l'organisation patronale, tandis que le président de la CPME, Amir Reza Tofighi, a fustigé l'« hypocrisie » des offusqués sur RTL, expliquant que « On parle avec tous ceux qui aujourd'hui sont au pouvoir ou briguent à être au pouvoir parce qu'on défend les entreprises ».
De son côté, le président du Medef Patrick Martin avait justifié cette rencontre dès mercredi dernier en déclarant : « Peut-on exclure le RN du spectre de nos contacts politiques ? Évidemment non, parce que c'est une formation qui pèse lourd au Parlement ». Il a cependant nié avec fermeté toute prise de parti du patronat pour le Rassemblement national, affirmant : « Je vous le dis les yeux dans les yeux, c'est faux ».
Avant cette rencontre, Jordan Bardella avait exprimé son attente de « propositions concrètes pour le redressement de l'entreprise française » de la part du Medef. Il a également réaffirmé que « Le redressement de l'économie française et le pouvoir d'achat de la France du travail va être au cœur du futur projet présidentiel », tout en précisant qu'il n'avait pas « l'entreprise honteuse » contrairement, selon lui, à la gauche politique.



