Le 2 septembre dernier, les Verts ont changé de visage au Royaume-Uni. Ce jour-là, Zack Polanski, 43 ans, presque inconnu au bataillon, est élu triomphalement à la tête du Green Party avec 84,6 % des voix. Quelques mois plus tard, le Green Party ne ressemble déjà plus au petit parti de militants écolo coincé dans les marges de Westminster en quadruplant ses effectifs.
Un parcours atypique
Né David Paulden dans une famille juive de Manchester, il choisit d'abord les planches. Acteur, hypnothérapeute, hyperactif sur X, il maîtrise l'art de la formule qui fait mouche. Il entre chez les Libéraux-démocrates en 2015, puis chez les Verts en 2017, avant d'entrer à l'Assemblée de Londres en 2021. Le déclic survient après les élections locales de mai 2025 : les Verts stagnent tandis que Reform UK explose. Polanski décide alors de siphonner l'électorat du Labour en adoptant un discours anti-système.
Une stratégie éco-populiste
Polanski assume se définir comme « éco-populiste ». Son idée : reprendre les codes du populisme pour les retourner contre les élites économiques, les multinationales et les milliardaires. Il oppose « les gens ordinaires » aux puissants. « Les gens en ont assez de la politique telle qu'on la connaît », martèle-t-il. Il accuse le Labour d'avoir trahi les classes populaires.
Un succès fulgurant
Depuis son arrivée, les effectifs du Green Party sont passés de 68 000 à 220 000 adhérents. Les sondages le placent autour de 15 %, devant un Labour usé par deux ans au pouvoir. Pour les élections locales de ce jeudi, le parti espère arracher plusieurs bastions travaillistes, notamment à Londres. Selon YouGov, il pourrait arriver en tête dans huit des trente-deux conseils municipaux londoniens.
Un programme social plus qu'écologiste
Polanski martèle : le Royaume-Uni est devenu une « Rip-Off Britain », où les factures explosent, les salaires stagnent et les inégalités deviennent obscènes. Son programme : hausse des impôts sur les plus riches, plafonnement des loyers, investissements publics massifs, taxation des multinationales. Une ligne très à gauche, plus sociale qu'écologiste, ce qui lui vaut des critiques.
Une communication séduisante pour les jeunes
Meetings festifs, soirées techno, vidéos TikTok : le Green Party séduit une génération qui s'est massivement abstenue en 2024. Un événement à Leeds avec le collectif Big Fat Rave mélangeait musique électronique et discours politiques.
Polémiques et controverses
Sa stratégie offensive traîne son lot de polémiques. En 2013, un article rapportait qu'il prétendait pouvoir augmenter la poitrine d'une journaliste « par la seule force de l'esprit ». Il s'est excusé. Plus grave, ses prises de parole sur l'antisémitisme et Gaza suscitent des tollés. Après une attaque antisémite à Londres, il a minimisé le sentiment d'insécurité des Juifs britanniques. Sur Gaza, il accuse le gouvernement britannique de participer « au meurtre des Palestiniens ». Une ligne qui vise à capter le vote jeune et musulman.
Un avenir prometteur ?
Ses détracteurs le voient comme un agitateur léger sur le fond. Mais pour ses soutiens, c'est sa force. « Il a une forte personnalité à la Mélenchon, et ça plaît, surtout chez les jeunes », analyse le politologue Tony Travers. Reste à savoir si cette sensation politique se concrétisera dans les urnes ce jeudi.



