« Plus de week-ends shopping », a martelé le ministre suédois des Migrations, Johan Forssell, avant le Conseil « Justice et affaires intérieures » de l’Union européenne (UE), jeudi 4 juin. À l’approche de l’été, le ton monte contre les visas russes délivrés en Europe. Onze pays européens, dont la Suède, la République tchèque, le Danemark, la Finlande, les pays baltes, la Pologne, les Pays-Bas, la Norvège et l’Islande, ont interpellé, dans une lettre, les dirigeants de l’UE. Ils réclament un durcissement des conditions d’attribution des visas dans l’espace Schengen pour les touristes russes.
Une lettre adressée à Kaja Kallas et Magnus Brunner
Adressée à la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, et au commissaire à la Migration, Magnus Brunner, la lettre de la coalition à l’initiative de la Suède déplore un double discours face à l’invasion russe en Ukraine. D’un côté, l’UE s’efforce d’isoler et de sanctionner Moscou, rappelant inlassablement son soutien à Kiev. De l’autre, elle laisse de plus en plus de touristes russes profiter du cadre de vie européen. Environ 477 000 visas touristiques ont été fournis à des personnes russes dans l’espace Schengen en 2025, selon Euractiv. Un chiffre en augmentation par rapport à 2024.
Des critiques sur le double discours européen
« Il est profondément troublant de voir un nombre croissant de touristes russes profiter de voyages d’agrément sur les plages et dans les stations balnéaires européennes alors que des missiles et des drones continuent de frapper des civils et des infrastructures civiles en Ukraine », expriment les pays signataires dans cette lettre, consultée par Euractiv. Le message de Johan Forssell va dans le même sens : « Je ne veux plus de voyages de luxe en Europe pendant que des Ukrainiens meurent sur le champ de bataille. »
La France, l’Italie et l’Espagne pointées du doigt
Dès le début du conflit en 2022, l’UE avait suspendu son accord de facilitation des visas avec la Russie. La Commission européenne avait aussi adopté en novembre 2025 des règles plus strictes, restreignant l’octroi des visas russes à entrées multiples. Cependant, les États signataires de la lettre dénoncent une mise en œuvre disparate de ces mesures d’un pays à l’autre. Ces incohérences fragilisent la solidarité européenne, empêchant l’UE d’apparaître unie face à la Russie. Elles posent aussi des problèmes de sécurité au sein de l’espace Schengen où il est possible de voyager sans passeport.
La France, l’Italie et l’Espagne sont particulièrement pointées du doigt, accordant une majorité de visas à la Russie. En 2025, la France est même le pays européen ayant délivré le plus de visas à des ressortissants russes avec 180 000 droits d’entrée. Suivent donc l’Italie avec 160 000 puis l’Espagne avec 100 000.
La défense des trois pays touristiques
Pour se défendre, les trois États, très touristiques, invoquent simplement un plus grand nombre de demandes de visas reçues du fait de leur taille. Ils rappellent aussi qu’il est inutile de restreindre l’entrée à des citoyens russes ordinaires, quand des dispositions ont déjà été prises contre des responsables politiques et des oligarques russes, leur interdisant d’entrer sur le territoire européen.
Les combattants russes aussi ciblés
Les onze pays de la coalition demandent donc aux autorités européennes de proposer de nouvelles mesures contraignantes contre la délivrance trop laxiste de visas russes et de contrôler la bonne mise en œuvre des directives déjà existantes. L’un des points d’inquiétude reste la libre circulation d’actuels et d’anciens militaires russes, ayant servi dans le conflit en Ukraine. Les Européens souhaitent voir des dispositifs à l’œuvre pour identifier ces combattants et les empêcher de pénétrer dans l’espace Schengen. L’Estonie avait été le premier pays de l’UE à évoquer une telle interdiction pour les soldats russes en janvier dernier, envisageant même de les exclure à vie de son territoire.
En réponse, l’UE s’est engagée ce vendredi 5 juin à répondre favorablement aux demandes formulées par les pays européens dans leur lettre, affirmant introduire des mesures restrictives ciblées en matière de visas, qui seront effectives l’année prochaine.



