Les Émirats arabes unis quittent l'Opep : une décision lourde de conséquences
Émirats arabes unis : départ surprise de l'Opep

Les Émirats arabes unis quittent l'Opep : un séisme sur le marché pétrolier

Pour une surprise, c’est une demi-surprise. Voilà quelques années déjà que les Émirats arabes unis menaçaient de quitter l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Mohammed ben Zayed Al Nahyane, dit « MBZ », émir d’Abou Dhabi et président du pays, agitait cette menace pour augmenter les quotas de barils de son pays. Il est passé à l’exécution : mardi 28 avril, par un communiqué, les Émirats arabes unis ont annoncé qu’ils quittaient l’organisation, rejointe en 1967.

Ce n’est pas la première fois qu’un membre du cartel basé à Vienne claque la porte. Le Gabon, l’Angola, l’Équateur et le Qatar l’ont fait avant lui. Mais aucun de ces pays ne pèse autant sur le marché du brut. Avec plus de 3 millions de barils extraits chaque jour, les Émirats arabes unis figurent au troisième rang de l’Opep derrière l’Arabie saoudite et l’Irak. Mais les sept émirats qui composent le pays (au sein duquel Abou Dhabi pèse plus de 90 % de la production de brut) veulent plus.

La guerre MBZ-MBS

Depuis plusieurs années, les Émirats arabes unis ont investi en masse pour accroître leurs capacités de production d’or noir. Elles peuvent désormais fournir quelque 5 millions de barils par jour. Le calcul est rapide : avec 3,4 millions produits avant la guerre en Iran, les puits émiratis tournent un peu au ralenti, à quelque 70 % de leurs capacités. « Les Émirats arabes unis se sentent défavorisés au sein de l’Opep », explique Homayoun Falakshahi, responsable de l’analyse pétrolière au sein du cabinet Kpler.

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En quittant cette instance qui bride ses rentrées de dollars, le petit émirat entend reprendre son indépendance énergétique et, donc, économique. Lorsqu’un jour le détroit d’Ormuz rouvrira, il sera capable d’exporter environ 1,5 million de barils supplémentaires chaque jour, soit plus d’un centième de la production mondiale. « Il joue “Émirats arabes unis first” ! », compare, à l’aide du slogan américain de Donald Trump, Homayoun Falakshahi.

C’est la deuxième raison du départ émirati de l’Opep : sortir de l’influence saoudienne au sein de l’organisation, et gagner en indépendance politique. Aux yeux de MBZ, l’Arabie saoudite dicte trop sa loi, assise sur sa montagne de barils. Les deux poids lourds régionaux ont des vues de plus en plus divergentes. L’Arabie saoudite veut un baril cher, donc plus rare, alors que les EAU misent sur la quantité pour monétiser au plus vite ses réserves et investir sans attendre dans la transition énergétique, notamment.

Les dissensions sont aussi politiques. Les deux pays soutiennent des factions rivales en Libye, au Yémen ou encore au Soudan. En Iran, l’État émirati, qui combat plus fermement que les Saoudiens l’islamisme radical, s’affiche aussi comme un adversaire plus résolu du régime des mollahs.

Quel avenir pour l’Opep ?

Le 28 avril, Mohammed ben Zayed Al Nahyane a d’ailleurs séché une réunion du Conseil de coopération du Golfe, à Djeddah (Arabie saoudite), comme le signe de sa défiance vis-à-vis de son homologue saoudien, Mohammed ben Salmane, dit MBS. Il a envoyé à sa place son frère Abdallah. Un énième épisode de la guerre MBZ-MBS.

Ira-t-elle jusqu’à faire imploser l’Opep ? Personne, pour l’heure, ne peut prévoir la suite des événements. « La seule certitude, c’est que l’organisation connaît la plus grosse crise de son histoire. A minima, elle est fragilisée », observe Homayoun Falakshahi. Cette crise devrait faire au moins un heureux : les États-Unis. D’abord, en renforçant son autonomie économique et politique, l’émirat va se rapprocher de l’Oncle Sam, dont il se montre un allié sans faille depuis le début du conflit en Iran. Ensuite, lorsque le détroit d’Ormuz sera rouvert, lorsque les installations pétrolières du Golfe seront remises d’aplomb, les barils émiratis supplémentaires aideront à adoucir les cours du pétrole. L’automobiliste américain s’en réjouira. Donald Trump aussi.

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