Ses discours sont relus par le gouvernement britannique, chaque mot est soupesé. L’usage veut que la Couronne n’interfère pas, officiellement en tout cas, dans la vie politique. Ce corset du devoir de réserve, Charles III a, depuis son accession au trône en 2022, tendance à le desserrer, prudemment.
Quand il était venu s’exprimer à Paris, au Sénat, en 2023, il avait surpris en dénonçant, à propos de la guerre russe en Ukraine, « une agression injustifiée sur notre continent », et en affirmant « la détermination inébranlable » de son pays à voir l’Ukraine « triompher ».
L’expression modérée de Charles III et de Léon XIV fait du bien en ces temps de fureur
Mardi, Charles III a livré devant le Congrès américain un discours nuancé, subtil, dans un contraste saisissant avec la brutalité langagière de Donald Trump, mais truffé de références explicites à son hôte. Il a fait l’éloge de l’Otan, voué aux gémonies par le locataire de la Maison-Blanche, a vanté « l’État de droit », « un pouvoir judiciaire indépendant », « la défense de l’environnement », a salué à nouveau le « courage » du peuple ukrainien, a exhorté à une détermination « inflexible » pour le soutenir alors que l’administration Trump fait sienne la rhétorique poutinienne, a dit prier pour que « nous ignorions les appels pressants à nous replier sur nous-mêmes ».
Trois semaines plus tôt, un autre chef d’État sans armée, le pape Léon XIV, avait jugé « inacceptables » les menaces de Donald Trump d’anéantir toute une « civilisation », l’Iran, s’attirant les foudres du président américain. Polémiques qu’il a préféré ne pas commenter. Le pape a aussi plusieurs fois alerté contre les dangers de l’intelligence artificielle, contrôlée par « quelques entreprises seulement », ciblant implicitement les géants de la Silicon Valley.
Un roi, le pape : points communs
Un roi, le pape : peut-on voir des points communs ? Quelques-uns. Très peu de pouvoir réel, sinon, ce n’est pas tout à fait rien, celui de se faire entendre au niveau mondial. Et une expression modérée, qui fait du bien en ces temps de fureur sémantique. Certes, ils représentent deux institutions critiquées, loin d’être irréprochables, et n’ont pas été élus par des peuples. Aucune légitimité démocratique ? En effet, mais le paradoxe est qu’ils plaident pour des valeurs démocratiques fondamentales. L’État de droit, le droit international, la limitation des monopoles… Face à la démesure, à la toute-puissance de Donald Trump et des empereurs de la tech, ils incarnent des contre-pouvoirs symboliques, mais bienvenus.



