Les autorités espagnoles disposent de trois mois pour examiner les demandes de régularisation d'environ un million de sans-papiers, une procédure massive et inédite qui a débuté le 1er juillet 2026. Cette initiative, annoncée par le gouvernement de Pedro Sánchez, vise à régulariser les migrants en situation irrégulière présents sur le territoire avant le 1er novembre 2025.
Un processus accéléré pour un million de candidats
Selon le ministère de l'Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, les services d'immigration ont jusqu'au 30 septembre 2026 pour statuer sur chaque dossier. Les candidats doivent prouver leur résidence continue en Espagne depuis au moins deux ans, justifier d'un emploi ou de ressources suffisantes, et ne pas avoir de casier judiciaire. Les associations estiment que le nombre réel de sans-papiers éligibles pourrait atteindre 1,2 million.
Cette régularisation exceptionnelle fait suite à une campagne de plusieurs mois menée par des collectifs de migrants et des ONG, qui ont recueilli plus de 700 000 signatures pour exiger une solution administrative. Le gouvernement a finalement cédé en mars 2026, en adoptant un décret-loi qui autorise cette procédure.
Des tensions politiques et logistiques
L'opposition de droite, menée par le Parti populaire, a vivement critiqué cette mesure, la qualifiant d'« appel d'air » pour l'immigration clandestine. « Cela va encourager de nouvelles arrivées massives et saturer nos services publics », a déclaré Alberto Núñez Feijóo, leader du PP, lors d'un débat parlementaire. En revanche, les syndicats et les organisations patronales, comme la CEOE, ont salué une décision qui permettra de régulariser des travailleurs déjà intégrés dans l'économie informelle.
Sur le plan logistique, le défi est immense. Les bureaux d'immigration, déjà sous pression, doivent traiter en trois mois l'équivalent de cinq années de demandes habituelles. Le gouvernement a recruté 500 agents supplémentaires et déployé une plateforme numérique pour accélérer le traitement. Selon des sources officielles, 200 000 dossiers ont déjà été déposés dans la première semaine.
Un impact social et économique attendu
Les experts estiment que cette régularisation pourrait rapporter jusqu'à 4 milliards d'euros par an en cotisations sociales et impôts, tout en réduisant le travail non déclaré. « C'est une mesure de justice sociale et de bon sens économique », a affirmé le ministre de l'Inclusion, José Luis Escrivá, lors d'une conférence de presse. Les sans-papiers régularisés pourront accéder au marché du travail formel, à la sécurité sociale et au logement locatif.
Cependant, des voix s'élèvent pour dénoncer les critères restrictifs. « Beaucoup de migrants précaires, notamment des travailleurs agricoles saisonniers ou des femmes de ménage, ne pourront pas fournir les justificatifs exigés », alerte une porte-parole de la plateforme Regularización Ya. Selon elle, 30 % des candidats potentiels pourraient être exclus en raison de l'absence de contrat de travail ou de preuves de résidence.
Un précédent européen
L'Espagne devient ainsi le premier pays de l'Union européenne à lancer une régularisation d'une telle ampleur depuis celle de l'Italie en 2012. Bruxelles observe la procédure avec attention, alors que le Pacte européen sur la migration et l'asile, adopté en 2024, privilégie les retours plutôt que les régularisations. Madrid défend sa démarche comme un modèle de « gestion pragmatique et humaine » des flux migratoires.
Les trois prochains mois seront décisifs pour évaluer la faisabilité de cette opération. Si le gouvernement respecte son calendrier, près d'un million de personnes obtiendront un titre de séjour et de travail d'ici le 1er octobre 2026, transformant durablement le paysage migratoire espagnol.



