C'est une bien étrange collection que constituent les espions chinois. Depuis quelques années, ils accumulent des messages cryptés interceptés à l'étranger et impossibles à déchiffrer. Pour en percer le secret, un ordinateur classique devrait réaliser des calculs pendant des millions d'années. Les Chinois savent que le temps joue en leur faveur. Bientôt, l'informatique quantique permettra de casser le chiffrement en quelques secondes. Certes, les informations en question ne seront plus de première fraîcheur. Mais même des années plus tard, des secrets industriels, des transactions financières, des correspondances diplomatiques peuvent valoir le détour. La méthode s'appelle "Harvest now, decrypt later" : récolter aujourd'hui pour déchiffrer demain. Les Américains - qui la pratiquent sans doute autant que leur rival - s'emploient activement à s'en protéger.
Deux méthodes pour contrer la menace quantique
Deux méthodes le permettent. "La première est d'utiliser de nouvelles méthodes de chiffrement que même des ordinateurs quantiques ne pourront pas percer", explique Edward Parker, chercheur principal en sciences physiques du think tank américain Rand. Un long chantier informatique à lancer dès maintenant pour être prêt à temps. Les Américains avancent méthodiquement. Ils ont choisi de dévoiler les dispositifs de cryptographie post-quantique qu'ils prévoient d'employer. "Une transparence qui les sert, explique Olivier Tonneau, fondateur et associé du fonds d'investissement Quantonation. Les spécialistes du monde entier peuvent ainsi vérifier la solidité de leurs algorithmes et les alerter sur d'éventuelles failles."


