Un homme de 48 ans, né en Biélorussie, a été mis en examen et placé en détention provisoire début juin après avoir été surpris en train de filmer un prototype de drone militaire près de Toulouse.
Interpellation et premiers éléments
Interpellé le 3 juin, il était en train de capturer des images d’un appareil de l’entreprise Delair, un constructeur français qui fournit notamment les armées française et ukrainienne. Selon le parquet de Paris, il « filmait un prototype de drone d’une entreprise fournissant les armées française et ukrainienne ».
Une vidéo envoyée vers la Russie
L’enquête, confiée à la DGSI, a rapidement pris une dimension sensible. Les services de renseignement ont établi que le suspect aurait transmis les images à l’étranger. « Les investigations diligentées par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont établi qu’il aurait envoyé une vidéo à un interlocuteur en Russie », précise le parquet. Deux jours après son arrestation, une information judiciaire a été ouverte pour plusieurs atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation. L’homme est notamment poursuivi pour « avoir livré des informations à une puissance étrangère », en l’occurrence la Russie, un crime passible de quinze ans de prison, ainsi que pour « association de malfaiteurs ».
Selon une source proche du dossier, l’homme, qui résidait en Espagne, visait spécifiquement l’usine Delair située à Labège, près de Toulouse. Un site sensible, compte tenu du rôle de l’entreprise dans les technologies de défense. Autre élément troublant : l’usine avait été visée juste avant son interpellation par des jets de cocktails Molotov. Une enquête distincte a été ouverte pour « destruction par moyen dangereux pour les personnes », a indiqué le procureur de Toulouse, David Charmatz.
Delair, un acteur clé des drones militaires
Fondée il y a quinze ans, l’entreprise toulousaine Delair s’est imposée comme un acteur reconnu, notamment dans le contexte du conflit ukrainien. Elle emploie aujourd’hui 250 personnes et affiche un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros en 2025. Le groupe a développé plusieurs générations de drones, aériens et sous-marins, utilisés dans des missions de défense, de sécurité ou de surveillance industrielle. Plus de 3 000 appareils ont déjà été déployés à travers le monde, preuve de son importance stratégique.
Face à cette affaire, Delair reste discret. « Les autorités compétentes ont pris le dossier en main, nous n’avons pas de commentaires à faire », a indiqué Stéphane Douce, responsable des relations publiques de l’entreprise. Il assure néanmoins que « notre activité n’a pas été impactée par ces événements et (que) nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour renforcer la sécurité des biens et des personnes de notre société ».
Une série d’affaires liées aux ingérences étrangères
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de soupçons d’ingérences étrangères en France. En février, quatre personnes, dont deux ressortissants chinois, ont été mises en examen pour espionnage présumé après la découverte d’un dispositif destiné à capter des « données satellitaires du réseau Starlink et des données provenant d’entités d’importance vitale, notamment militaires ».
Autre exemple : fin décembre 2025, un boîtier espion capable de prendre le contrôle d’un navire avait été découvert à bord d’un ferry italien ayant fait escale en France. Une affaire jugée « très grave » par le ministre de l’Intérieur. Quelques semaines plus tôt, trois personnes avaient également été mises en examen à Paris pour espionnage économique au profit de Moscou. Au cœur du dossier, des affiches prorusses apposées sur l’Arc de triomphe et des tentatives d’approche de cadres d’entreprises françaises pour obtenir des informations sensibles.



