Quatre mois seulement après la fondation de son parti d'extrême droite Futuro Nazionale, Roberto Vannacci met déjà des bâtons dans les roues de Giorgia Meloni. Ancien général devenu eurodéputé, l'Italien de 57 ans, grand, massif, les cheveux courts et le regard sévère, s'impose progressivement comme l'un des principaux défis politiques de la présidente du Conseil à l'approche des élections législatives de 2027. Fondé après son départ de la Ligue de Matteo Salvini, Futuro Nazionale revendique près de 100 000 partisans. Crédité d'environ 4 à 5 % des intentions de vote et en progression constante, le mouvement se présente comme une droite nationaliste intransigeante, eurosceptique et favorable à un rapprochement avec Moscou.
Une formation politique qui accuse Giorgia Meloni d'avoir renoncé à ses convictions
"Nous représentons cette droite qui n'est ni fanée, ni hésitante, ni craintive", déclarait récemment Roberto Vannacci devant un groupe de journalistes étrangers. Selon lui, les trois années de gouvernement de la leader nationaliste ont révélé "une droite craintive", trop conciliante avec Bruxelles et incapable d'endiguer la criminalité. Sur X, l'ancien militaire dépeint "sa" droite : "vraie, cohérente, identitaire, forte, fière, convaincue, enthousiaste, pure et contagieuse". Et Roberto Vannacci le clame, sa "droite n'est pas à la carte… et par-dessus tout elle n'est pas modérée".
Un parcours polémique
L'ancien militaire originaire de Ligurie s'est fait connaître en 2023 avec la publication d'un livre dans lequel il défend ce qu'il présente comme les valeurs traditionnelles italiennes tout en attaquant les personnes LGBT+, les migrants ou encore les féministes. L'ouvrage provoque un tollé. Le ministre de la Défense Guido Crosetto estime alors qu'il jette le discrédit sur l'armée. Suspendu de ses fonctions, Vannacci trouve cependant un allié inattendu en Matteo Salvini. Séduit par son potentiel politique, le dirigeant de la Ligue lui ouvre les portes du parti et lui offre une rampe de lancement vers le Parlement européen lors des élections de 2024. Avant que Roberto Vannacci ne claque la porte, en février dernier, pour mener sa propre aventure politique.
Des positions plus radicales
Son objectif est clair : doubler sur leur droite aussi bien Matteo Salvini que Giorgia Meloni. Le porte-voix d'une ligne identitaire s'est également illustré par ses déclarations radicales sur l'immigration. Interrogé à la télévision sur le sujet, il affirmait récemment : "Ils devraient être expulsés", précisant qu'il entendait par là "un déplacement forcé, indépendant de leur volonté". Pour la politologue Sofia Ventura, de l'université de Bologne, cette montée en puissance risque d'entraîner l'ensemble de la droite italienne dans une surenchère idéologique. "Salvini va désormais devoir adopter des positions plus radicales pour éviter d'être devancé. C'est un problème pour Meloni, qui pourrait également se sentir contrainte de suivre la même voie", observe-t-elle dans Reuters.
Un contexte politique délicat pour Meloni
Le phénomène inquiète d'autant plus que Giorgia Meloni traverse une période politiquement plus délicate. Fragilisée par l'échec récent de sa réforme de la justice, rejetée par référendum avec 54 % de votes négatifs, la dirigeante connaît sa première véritable défaite politique depuis son arrivée au pouvoir en 2022. Dans ce contexte, l'émergence d'une nouvelle force à sa droite complique encore davantage l'équation. "Depuis son élection, Giorgia Meloni se rapproche du centre droit, presque d'un parti modéré. C'est pour cette raison qu'il existe aujourd'hui en Italie un espace pour la droite radicale", analysait le politologue Roberto D'Alimonte dans L'Express.
Un dilemme pour la coalition
Pour l'heure, aucun parti de la coalition gouvernementale n'a proposé d'alliance avec Futuro Nazionale. Giorgia Meloni se retrouve pourtant face à un dilemme : laisser Roberto Vannacci poursuivre son ascension pourrait fragiliser son camp à l'approche des législatives de 2027. Mais s'allier à un mouvement aussi radical risquerait d'écorner l'image de respectabilité internationale qu'elle s'efforce de construire depuis son arrivée au pouvoir. D'autant que Futuro Nazionale a déjà commencé à recruter dans les rangs de la majorité, attirant huit parlementaires issus des partis de la coalition. Un signal pris au sérieux jusque dans la presse italienne. "Dans cet étang où tout semblait immobile et cristallisé qu'est la politique italienne, la première pierre a été lancée", écrivait récemment Il Messaggero, cité par Courrier international. "C'est la première décharge électrique en vue de 2027."



