La peur, pour ne pas dire l'angoisse, l'obligation de se cacher, de se faire le plus discret possible. Au Sénégal, la répression envers les homosexuels ne cesse d'empirer. Une nouvelle loi adoptée le 11 mars dernier, qui réprime de cinq à dix ans de prison les relations entre les personnes de même sexe – contre un à cinq ans auparavant – est venue poser un vernis légal sur le climat homophobe qui règne dans le pays.
Signe que cette traque de la différence se généralise, on a appris la semaine dernière qu'un Français expatrié était détenu depuis le mois de février, arrêté pour « actes contre-nature ». L'homosexualité est en effet considérée comme une déviance dans ce pays d'Afrique de l'Ouest majoritairement musulman. Alors que les manifestations homophobes se multiplient au Sénégal, les demandes d'asile vers la France affluent, comme en témoigne Jean-Luc Romero-Michel, militant de longue date de la cause LGBT+.
L'ancien adjoint à la mairie de Paris dit avoir reçu des dizaines de messages lui demandant de l'aide après avoir dénoncé le texte de loi sur les réseaux sociaux. L'ambassadeur pour les droits des personnes LGBT+, nommé en 2022 pour lutter contre les violences et les discriminations dans le cadre de la politique étrangère française, confirme recevoir des demandes et assure qu'elles sont « traitées avec célérité » sans pour autant préciser leur nombre. Car le diplomate, dont la mission est pourtant de porter le combat en faveur de la dépénalisation universelle, craint de crisper les autorités sénégalaises.
La France a « fait part de son désaccord » en expliquant que c'était « une mauvaise loi », « contraire aux engagements internationaux en faveur des droits de l'homme », mais elle n'ira visiblement pas plus loin. Alors que son influence a fortement reculé en Afrique, malgré la volonté d'Emmanuel Macron d'établir des relations multilatérales et non plus basées sur l'héritage post-colonial, la crainte d'être accusée d'ingérence l'emporte.
Jean-Luc Romero-Michel a ainsi envoyé deux courriers au président de la République et au ministre des Affaires étrangères pour leur demander de dénoncer le nouveau texte de loi sénégalais. Ils sont pour l'heure restés sans réponse. Un autre élu de la ville de Paris, Ian Brossat, qui a proposé de mettre des logements à disposition pour les réfugiés sénégalais, juge le silence de la France « regrettable ». Ce dimanche 17 mai, on célébrait la Journée mondiale contre l'homophobie : une prise de position courageuse de la France aurait pu peser.



