L'homme le plus riche du monde semble de plus en plus passionné par la politique interne d'un pays qui n'est pas le sien. Selon une enquête du Guardian, Elon Musk s'immisce chaque semaine un peu plus dans le débat politique britannique ces derniers mois. Entre le 31 mai et le 12 juin, le propriétaire du réseau social X a publié, répondu ou repartagé 303 messages consacrés aux questions de race et d'immigration de l'île d'Albion. Soit deux fois plus que les 114 publications consacrées à SpaceX, pourtant au cœur de son actualité économique.
Une activité intense autour d'événements clés
Cette activité intense s'est concentrée autour de plusieurs événements qui ont secoué le Royaume-Uni récemment. Après la condamnation de Vickrum Digwa, un jeune Britannique de confession sikh reconnu coupable du meurtre de l'adolescent Henry Nowak, Elon Musk a relayé de nombreuses publications dénonçant un supposé traitement "anti-Blancs" par la police britannique. Il est allé jusqu'à publier cinq messages en dix minutes sur l'affaire, mettant en avant certains détails du meurtre ou repartageant des commentaires venant des États-Unis, de France ou d'ailleurs. Au moins 20 de ces publications ont dépassé les 10 millions de vues.
Immigration et multiculturalisme en ligne de mire
Les émeutes de Belfast, survenues en Irlande du Nord après une attaque au couteau début juin, ont également fait l'objet de nombreux tweets de la part du patron de Tesla. Il a multiplié les messages appelant le Royaume-Uni à déporter des migrants ou à remettre en question le multiculturalisme, en relayant des contenus de figures de l'extrême droite britannique. La veille de l'introduction en Bourse de SpaceX le 11 juin, alors que son entreprise cherchait à convaincre de nouveaux investisseurs, Elon Musk a repartagé une vidéo de Rupert Lowe, le dirigeant du parti d'extrême droite Restore Britain, dans laquelle il appelle à expulser les migrants incapables de subvenir financièrement à leurs besoins. Ce jour-là, il a publié plus d'une douzaine de messages sur la politique et l'immigration britanniques.
Des liens avec l'extrême droite britannique
Ce centre d'intérêt n'est guère surprenant au vu des liens entretenus par Elon Musk avec plusieurs figures de l'extrême droite britannique. En 2025, il avait déjà apporté son soutien à Stephen Yaxley-Lennon, plus connu sous le nom de Tommy Robinson, en intervenant en livestream lors du rassemblement anti-immigration "Unite the Kingdom". Il avait alors déclaré : "Que vous choisissiez la violence ou non, la violence viendra à vous. Soit vous ripostez, soit vous mourrez", à l'adresse de ce qu'il appelle le "centre raisonnable", soit les Britanniques qui selon lui ne s'impliquent pas en politique. Ces propos avaient été vivement critiqués par le gouvernement travailliste.
La réponse de Keir Starmer
Cette fois, le Premier ministre Keir Starmer a lui-même réagi aux commentaires d'Elon Musk après la condamnation de Vickrum Digwa. Le 4 juin, il a appelé les Britanniques à "affirmer ce que nous sommes comme pays, car Elon Musk s'est une nouvelle fois immiscé dans notre politique ces derniers jours en cherchant à attiser les divisions. Ce n'est pas ce que nous sommes en Grande-Bretagne. En Grande-Bretagne, nous sommes des gens raisonnables et tolérants. Quand nous sommes confrontés à une affaire terrible comme celle de Henry Nowak, nous réagissons calmement, comme l'a fait sa famille", a rappelé le Premier ministre, juste après avoir reçu la famille de la victime à Downing Street.
Impact des publications de Musk
Selon un rapport du Centre for Countering Digital Hate, les réponses aux publications d'Elon Musk après l'attaque au couteau de Belfast contenaient 240 appels à la violence. Ses interactions avec les comptes de Rupert Lowe et Tommy Robinson leur ont apporté 64 millions de vues supplémentaires, soit davantage que leur propre audience.



