Près de quarante organisations non gouvernementales, parmi lesquelles Amnesty International et Human Rights Watch, ont lancé un nouvel appel à la communauté internationale vendredi, alertant sur un risque imminent d'« atrocités » dans la ville d'El-Obeid, au Soudan. Dans une lettre adressée aux États membres du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, ces 38 ONG exhortent l'organe onusien à « examiner de toute urgence la situation à El-Obeid et dans ses environs » et à prendre des mesures « pour prévenir les atrocités ».
Un siège prolongé des paramilitaires
El-Obeid, située dans la région du Kordofan, est soumise depuis plusieurs mois à un siège mené par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Ces dernières sont en guerre contre l'armée régulière soudanaise depuis avril 2023. Les FSR sont accusées d'avoir commis de multiples exactions lors de la prise d'El-Facher en octobre dernier, dernière grande ville du Darfour qui leur résistait encore. En février, une mission d'enquête de l'ONU a même évoqué des actes de « génocide ».
Depuis plusieurs jours, les déclarations alarmantes se multiplient sur la scène internationale. Mardi, sept pays européens, dont le Royaume-Uni et la France, ont appelé les FSR à « arrêter immédiatement » leur offensive. Lundi, les États-Unis se sont dits préoccupés par un risque imminent « d'atrocités de masse ». Le Conseil de sécurité de l'ONU a exprimé samedi les mêmes inquiétudes et demandé aux forces paramilitaires encerclant El-Obeid de reculer.
Demande de session extraordinaire
Les ONG estiment que la situation nécessite une réponse urgente. « Alors qu'El-Obeid et ses environs paraissent menacés par une offensive imminente des FSR et de leurs alliés après 18 mois de quasi-siège, et que des informations crédibles signalent des risques d'atrocités et de nouvelles violations à travers le Soudan, le Conseil des droits de l'homme devrait tenir un débat urgent lors de sa 62e session ou convoquer rapidement une session extraordinaire », écrivent-elles. Elles demandent également que la mission de l'ONU sur le Soudan mène une enquête d'urgence sur la situation.
Les ONG appellent aussi le Conseil des droits de l'homme à dénoncer « les acteurs étrangers qui soutiennent les belligérants, y compris les Émirats arabes unis », afin de prévenir de nouvelles atrocités. « Les autres acteurs extérieurs soutenant les FSR ou les différentes parties au conflit soudanais, y compris les Forces armées soudanaises (FAS), devraient eux aussi être condamnés et rendre des comptes pour les violations qu'ils ont commises ou contribué à faciliter, dont certaines pourraient constituer des crimes au regard du droit international », soulignent-elles.
Un conflit dévastateur
Le conflit au Soudan a fait des dizaines de milliers de morts et forcé, au plus fort, plus de 12 millions de personnes à fuir leur foyer, notamment vers le Tchad voisin, selon l'ONU. Les ONG insistent sur l'urgence d'agir pour éviter une nouvelle catastrophe humanitaire à El-Obeid.



