Mondial 2026 : à Dallas, l'ICE expulse en secret pendant la fête
Mondial 2026 : à Dallas, l'ICE expulse en secret

De notre envoyé spécial à Dallas (Texas). Alors que la fête du football bat son plein dans les villes hôtes de la Coupe du monde 2026, certains locaux n'ont pas la tête au ballon rond. C'est le cas de John, 34 ans, membre des « Democratic Socialists of America » et du « Movimiento », qui observe depuis le rooftop du parking C de l'aéroport de Love Field un ballet étrange : celui des avions utilisés par l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) pour transférer des sans-papiers vers des centres de détention ou les renvoyer à l'étranger.

Un observateur privilégié des opérations de l'ICE

« J'aimerais m'intéresser à la Coupe du monde mais comment peut-on avoir la tête à ça quand on voit ce qu'il se passe ici au même moment ? », confie John, les yeux rivés sur son téléobjectif Nikkon. Après trois heures d'attente, un premier appareil de la compagnie Eastern Air se gare sur le parking privé d'Atlantic Aviation. « C'est probablement celui que mon informateur, qui travaille dans un autre aéroport, m'a annoncé », explique-t-il. Trois bus se positionnent au pied de l'avion, et 48 détenus pieds et poings liés en descendent, encadrés par des agents en noir.

Le rôle des compagnies privées

John détaille le système : l'ICE travaille avec CSI Aviation, qui sous-traite les transports à des compagnies comme Eastern Air, Air Wisconsin, GlobalX, Atlantic Aviation et Signature Aviation. « Atlantic Aviation n'effectue pas les vols elle-même mais fournit les infrastructures. Nous estimons qu'une entreprise locale ne devrait pas participer à ce système de déportation », dénonce-t-il. Ces compagnies n'hésitent pas à vendre leurs services aux supporters et à utiliser la lumière du Mondial pour communiquer sur les réseaux sociaux.

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La complicité des autorités locales

« Certains élus affirment être opposés à l'ICE, mais lorsqu'on leur demande d'agir concrètement, il ne se passe rien », regrette John. La ville de Dallas est propriétaire de Love Field, et les opérations se déroulent sur des infrastructures publiques. Comme à Los Angeles, les villes démocrates semblent jongler entre critiques et soutien indirect aux expulsions. Pour la seule journée du 19 juin, quatre avions ont déposé des détenus à Dallas, un record selon John : « On n'avait encore jamais vu ça. »

Des proportions massives

Le Texas « accueille » le plus grand nombre de détenus du pays : 25 à 30 % des sans-papiers en instance d'expulsion y sont enfermés. À titre de comparaison, la France a expulsé environ 22 000 personnes en 2025 (0,32 pour 1 000 habitants), contre 600 000 à 680 000 aux États-Unis (1,31 pour 1 000 habitants).

Arrestations loin des stades

Ella, qui documente les actions de l'ICE dans les quartiers ciblés, témoigne : « Nous observons régulièrement des arrestations à l'aube, lorsque les gens partent travailler. Difficile de croire que l'on cible principalement des trafiquants ou des criminels. » Selon elle, l'ICE évite les zones de la Coupe du monde pour ne pas provoquer de scandale international.

John, qui consacre sa vie à cet « espionnage », conclut : « Mon pays et son président me font honte. On a une si belle ville, toutes les communautés du monde y sont réunies. Et juste derrière nous, l'ICE déporte ces pauvres gens… J'ai mal au cœur. »

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