Mojtaba Khamenei succède à son père comme guide suprême de l'Iran, déjà menacé
À la suite du décès de l'ayatollah Ali Khamenei, tué lors de frappes conjointes américaines et israéliennes le 28 février dernier, son fils Mojtaba Khamenei a été désigné comme le nouveau guide suprême de la République islamique d'Iran. Selon Yousef Pezeshkian, fils et conseiller du président iranien, Mojtaba Khamenei a également été touché lors de cette attaque. Depuis sa nomination, il n'est pas apparu en public, et les informations sur la gravité de ses blessures restent limitées. Sa personnalité et son parcours, qui déplaisent fortement au président américain Donald Trump, soulèvent une question cruciale : les États-Unis ou Israël sont-ils réellement tentés et en mesure d'éliminer également ce nouveau dirigeant iranien ?
Une menace seulement théorique ?
Mojtaba Khamenei, âgé de 56 ans, est perçu comme un dirigeant encore plus radical que son père, considéré comme proche des ultraconservateurs parmi les fondamentalistes iraniens. Certains stratèges pourraient envisager son élimination comme un moyen de prévenir une escalade des tensions. Cette tentation est d'autant plus grande que les Américains et Israël ont démontré, notamment avec l'élimination d'Ali Khamenei, qu'ils ne se fixaient aucune limite concernant les assassinats physiques des dirigeants iraniens.
Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a averti dès mercredi dernier que tout successeur d'Ali Khamenei deviendrait « une cible ». L'hypothèse de son élimination pourrait s'inscrire dans une stratégie militaire appliquée, dans une logique de « décapitation du régime », avec des frappes qui ont non seulement tué son père mais aussi plusieurs hauts responsables militaires. Mais cela en fait-il une véritable nouvelle cible ? « Rien de nouveau à cela », explique Adel Bakawan, directeur de l'Institut européen pour les études sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord (EISMENA). « Mojtaba Khamenei était déjà menacé, en tant que fils du guide, c'est une cible des Israéliens et des Américains depuis le 7 octobre 2023 », assure le spécialiste.
Quelle est sa véritable place dans le régime qui fait de lui une cible ?
« Mojtaba Khamenei n'est pas du tout une autorité marginale désignée par les Pasdaran (Gardiens de la révolution islamique), en tant que façade d'un pouvoir profond. Il est à la tête de cet État de manière factuelle depuis vingt ans car il était le chef de bureau de son père, le guide suprême », rappelle Adel Bakawan. « Et quand on est à la fois le fils et le chef du bureau, on a la main sur trois domaines essentiels qui sont le militaire, le domaine économique et les relations internationales, détaille-t-il. Il ne faut pas toucher à ces trois domaines car c'est le sacré de tous les sacrés. Et pour gérer tout ça, c'était la main invisible de Mojtaba Khamenei. »
Avec sa mort, la République islamique d'Iran serait-elle à terre ?
« Non, absolument pas. C'est ça la grande différence entre le régime iranien actuel et une dictature pure et dure, comme c'était le cas en Irak avec Saddam Hussein : vous décapitez Saddam Hussein et le régime tombe immédiatement. Idem avec la dictature de Bachar el-Assad en Syrie. Il a pris un avion pour Moscou, le régime est tombé immédiatement. »
Une différence majeure avec l'Iran, où le pouvoir s'est institutionnalisé. « Il est organisé selon le principe régulateur de la décentralisation. Vous n'avez pas un centre de pouvoir à décapiter qui ferait tomber le régime. Mais vous avez une multitude de centres de pouvoirs. Vous assassinez Khamenei père, il y a Khamenei fils. Vous assassinez ce dernier, il y aura 250 ayatollahs sur la liste pour prendre sa succession. Cela ne posera aucun problème. Et même blessé, il y a des hommes en qui il a une confiance totale pour gérer le pays, sans aucun problème. »
Un nouvel assassinat d'un guide suprême comporte par ailleurs des risques géopolitiques considérables mais aussi un effet boomerang. Tout d'abord celui de renforcer la cohésion interne d'un régime attaqué, mais aussi de relancer la mobilisation d'une partie de la population. À Téhéran, les partisans du pouvoir, habillés de noir, sont d'ailleurs descendus dans la rue lundi pour afficher leur détermination sur une place centrale de la capitale, rassemblés en soutien au nouveau dirigeant en dépit du pilonnage du pays depuis dix jours.
Une « cible » probable et suffisamment protégée ?
Depuis la mort de son père, Mojtaba Khamenei serait entouré d'unités de sécurité spéciales et protégé par les Gardiens de la révolution selon Fox News. Selon le New York Times qui cite mercredi trois responsables iraniens, il « a été blessé notamment aux jambes, mais est conscient et à l'abri dans un endroit hautement sécurisé avec des possibilités de communication limitées ». Pour autant, le nouveau guide suprême n'est pas encore apparu publiquement, alors qu'Israël l'a déjà désigné comme « une cible », et qualifié de « tyran prêt à perpétuer la brutalité du régime iranien ».
« Il y a encore en Iran des endroits très sûrs pour se protéger de l'infiltration réelle et factuelle de la CIA et du Mossad et que ces derniers sont partout », tempère Adel Bakawan. « La preuve, c'est qu'il y a encore beaucoup d'autres personnalités clés du régime comme Ali Larijani, c'est le chef de la sécurité nationale de la République islamique d'Iran, qui n'a pas été touché, ni après le 7 octobre, ni pendant la guerre des douze jours, ni maintenant. Même si ce n'est pas parce qu'Ali Khamenei est bien protégé qu'il ne sera pas assassiné. »



