Israël reconnaît le génocide arménien : colère de la Turquie
Israël reconnaît le génocide arménien : la Turquie réplique

Israël a officiellement reconnu le génocide arménien perpétré par l'Empire ottoman en 1915, une décision historique qui a immédiatement suscité la colère de la Turquie et de l'Azerbaïdjan. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Yaïr Lapid, a annoncé cette reconnaissance dans un communiqué publié le 29 juin 2022, qualifiant l'acte de « devoir moral et historique ».

Une reconnaissance longtemps attendue

Cette décision intervient après des décennies de pression de la part de la diaspora arménienne et de nombreux pays occidentaux. Israël avait jusqu'alors refusé de qualifier les massacres de 1915 de génocide, en raison de ses relations stratégiques avec la Turquie et l'Azerbaïdjan. Yaïr Lapid a souligné que la reconnaissance du génocide arménien était « un devoir moral et historique envers les victimes et leurs descendants ».

La Turquie a immédiatement réagi en rappelant son ambassadeur à Tel-Aviv pour consultations. Le ministère turc des Affaires étrangères a qualifié la décision israélienne de « distorsion de l'histoire » et a menacé de « conséquences graves » sur les relations bilatérales. L'Azerbaïdjan, allié proche de la Turquie, a également rappelé son ambassadeur et a dénoncé une « décision injuste et infondée ».

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Des représailles économiques en vue

Au-delà des rappels d'ambassadeurs, la Turquie et l'Azerbaïdjan ont laissé entendre qu'ils pourraient prendre des mesures économiques contre Israël. La Turquie est un partenaire commercial important pour Israël, avec des échanges bilatéraux s'élevant à environ 6 milliards de dollars par an. L'Azerbaïdjan est quant à lui un fournisseur clé de pétrole pour Israël, représentant environ 40 % de ses importations de pétrole brut.

Selon des analystes politiques, ces représailles pourraient avoir un impact significatif sur l'économie israélienne, déjà fragilisée par l'inflation et les tensions régionales. Cependant, le gouvernement israélien semble prêt à assumer ces conséquences, estimant que la reconnaissance du génocide arménien est une question de principe.

Un contexte géopolitique complexe

Cette décision intervient dans un contexte géopolitique tendu, marqué par la guerre en Ukraine et les négociations sur le nucléaire iranien. Israël cherche à renforcer ses alliances avec les pays occidentaux, qui ont pour la plupart déjà reconnu le génocide arménien. Les États-Unis, la France, l'Allemagne et d'autres pays européens ont salué la décision israélienne.

L'Arménie a quant à elle exprimé sa gratitude envers Israël. Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a déclaré que cette reconnaissance était « un pas important vers la justice historique et la réconciliation ». La diaspora arménienne a également célébré cette annonce, tout en appelant à des mesures concrètes pour soutenir l'Arménie face aux menaces de l'Azerbaïdjan.

Les réactions internationales

La communauté internationale est divisée sur cette question. Si de nombreux pays ont salué la décision israélienne, d'autres, comme le Pakistan et la Malaisie, ont exprimé leur soutien à la Turquie. L'Union européenne a appelé au dialogue et à l'apaisement des tensions.

Selon un expert en relations internationales interrogé par Libération, « cette reconnaissance israélienne est un geste fort, mais elle risque de compliquer davantage les relations déjà tendues au Moyen-Orient et dans le Caucase ». Il ajoute que « la Turquie et l'Azerbaïdjan pourraient utiliser cette crise pour renforcer leur alliance militaire et économique ».

Un précédent historique

Israël devient ainsi le 33e pays à reconnaître officiellement le génocide arménien. Cette décision pourrait inciter d'autres États à faire de même, notamment en Asie et en Afrique. Cependant, la Turquie continue de nier le caractère génocidaire des massacres, arguant qu'il s'agissait de pertes civiles dans le cadre de la Première Guerre mondiale.

Le génocide arménien a fait entre 1,2 et 1,5 million de victimes entre 1915 et 1923. Sa reconnaissance est un sujet sensible pour la Turquie, qui craint des répercussions sur sa souveraineté et ses relations avec les pays voisins.

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