Guerre Iran-Israël-USA : Deux stratégies d'usure et un régime iranien résilient
Guerre Iran-Israël-USA : Stratégies d'usure et résilience

Les objectifs divergents de la coalition israélo-américaine

Dans ce conflit, les alliés israéliens et américains poursuivent deux objectifs stratégiques majeurs, ce qui constitue déjà un signe préoccupant, d'autant plus que ces buts ne sont pas nécessairement compatibles. D'un côté, ils visent la neutralisation de la triple menace militaire iranienne – nucléaire, balistique et par proxys – et, de l'autre, la fin du régime politique de la République islamique. Cette ambiguïté est renforcée par des interprétations variables de cette "fin" parmi les alliés, et parfois même par Donald Trump lui-même, dont les déclarations peuvent fluctuer d'un jour à l'autre.

Le choix des frappes aériennes

Concernant les modes d'action, la coalition a opté pour une campagne de frappes aériennes, principalement parce que cette approche était perçue comme la moins risquée. En face, le régime de Téhéran s'attendait évidemment à ces objectifs et à ce mode d'action presque inévitable, et il s'y est préparé depuis des années selon trois axes principaux : résister aux attaques, surveiller étroitement la population et lancer des contre-frappes.

La préparation décentralisée de l'Iran

Le système de commandement iranien a été organisé pour résister aux frappes et aux éliminations ciblées grâce à la redondance des chefs et, surtout, à une décentralisation poussée. Les 31 chefs de provinces iraniens agissent ainsi selon le principe de la « main morte », un ordre de mission à appliquer automatiquement dès le déclenchement d'un conflit, sans nécessiter de directives ultérieures. Ces ordres couvrent à la fois le lancement de frappes contre l'ennemi et la répression de la population.

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Les moyens matériels ont été dispersés, enterrés, camouflés et massifiés autant que possible. Ces préparatifs étaient bien connus, ou auraient dû l'être, de la coalition. La seule inconnue résidait dans le choix des cibles que les Iraniens sélectionneraient pour leurs attaques. Cette incertitude a été levée dès les premières heures du conflit : les Iraniens, assimilés ici au régime de Téhéran, ont décidé de frapper dans toute la région, et pas seulement Israël et les bases américaines. Leur objectif premier semble être de faire renoncer Donald Trump par la pression des coups et des critiques internationales.

Deux stratégies d'usure pointillistes

Il s'agit fondamentalement de deux stratégies d'usure très pointillistes, où chaque camp accumule des milliers de petits coups en espérant l'émergence soudaine d'une victoire stratégique. À défaut, la paix pourrait survenir par épuisement mutuel, chaque partie clamant alors une victoire limitée.

Le déroulement de la confrontation

La confrontation débute le 28 février par un coup d'opportunité très puissant de la part de la coalition, avec l'élimination du guide suprême de la République islamique et de plusieurs hauts dirigeants. Elle se poursuit de manière classique avec la neutralisation du système de défense aérienne (SDA), suivie de quatre axes parallèles de traque : les projectiles à longue portée, les capacités antinavires, le programme nucléaire et la structure politico-sécuritaire.

Le régime iranien répond immédiatement par sa propre campagne de frappes, avec également quatre axes : Israël, les Américains dans la région, les pays du Golfe arabo-persique et le détroit d'Ormuz. Le croisement de tous ces axes opposés crée une matrice de plusieurs batailles spécifiques.

La résistance du régime de Téhéran

Dans la synthèse de ces batailles, il apparaît d'abord que le régime de Téhéran résiste. La structure de commandement reste insensible aux décapitations, et on n'assiste pas à une désagrégation de la base, ne serait-ce que parce qu'il n'existe aucun camp opposé à rejoindre. Les pertes infligées aux gardiens de la Révolution islamique et à l'armée sont très faibles par rapport à la masse de tout l'appareil militaire.

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La population hostile au régime reste désarmée et donc impuissante face à cet appareil sécuritaire, et d'autant moins encline à se rebeller qu'elle est affectée, et parfois indignée, par les bombardements de la coalition. Un craquement pourrait survenir à l'intérieur du régime sous l'effet de mouvements internes invisibles. Mais, sans changement de stratégie de la coalition, l'hypothèse la plus probable est une résilience du régime jusqu'à la fin de cette guerre.

Les capacités offensives persistantes de l'Iran

Le régime conserve aussi une grande capacité à infliger des coups sur la longue durée. Les tirs de missiles balistiques, interceptés à plus de 90 %, n'ont pas occasionné beaucoup de dégâts et se sont considérablement réduits, essentiellement du fait de la destruction de nombreux lanceurs. Ils peuvent cependant sans doute perdurer ponctuellement sur plusieurs semaines. C'est à ce stade le principal succès de la coalition.

La capacité iranienne de guérilla par drone a, en revanche, sans doute été sous-estimée, et il est probable que les gardiens de la Révolution seront capables de lancer des salves de drones Shahed dans la région pendant de nombreux mois. Il en est sensiblement de même le long de la côte iranienne, et particulièrement face au détroit d'Ormuz, menacé non pas par des bâtiments de surface iraniens aisément repérables, mais par la menace des batteries côtières antinavires et de la "poussière navale" de minuscules embarcations susceptibles de harceler les navires ou de miner le détroit.

Même sans minage, le danger suffit de toute façon à interdire toute navigation dans la région. L'Iran a par ailleurs relancé le Hezbollah dans la guerre afin de détourner en partie l'effort de guerre israélien, et les Houthis n'ont pas encore été activés pour harceler à nouveau le commerce international dans la mer Rouge.

La position délicate des États-Unis

À ce stade, la trajectoire de guerre apparaît pour l'instant surtout perdante pour les États-Unis, qui ont déjà accumulé les mauvais coups :

  • Pertes de soldats
  • Bavure de l'école de Minab (selon une enquête du New York Times, l'armée américaine aurait ciblé, à partir d'informations obsolètes, un établissement scolaire, faisant plusieurs dizaines de morts)
  • Tirs fratricides au Koweït
  • Flambée du prix du pétrole
  • Incohérence manifeste du discours politique
  • Défaillances dans la préparation militaire

Ces éléments ont rapproché les États-Unis plus rapidement du seuil de renoncement. Il est urgent pour eux de changer ou au moins d'adapter leur stratégie.