Une crise singulière dans le paysage géopolitique
Parmi toutes les guerres et crises en cours, qu'il s'agisse de l'Iran, de l'Ukraine, du Moyen-Orient, du Venezuela, de Cuba ou encore de Taïwan, la crise cubaine est la seule qui relève, pour ainsi dire, de la politique intérieure américaine. Cette particularité s'explique par des raisons à la fois historiques, géographiques et politiques qui lient inextricablement les deux nations.
Des racines historiques profondes
En 1898, l'armée américaine participe à la décolonisation de l'île espagnole lors de la guerre hispano-américaine. Le colonel Theodore Roosevelt, futur président des États-Unis, s'y distingue en chargeant à cheval la colline de San Juan. Après ce conflit, Cuba reste sous occupation américaine jusqu'à son indépendance en 1902. Washington y conserve des bases navales, dont celle de Guantánamo où le drapeau américain flotte encore aujourd'hui, et exerce une influence considérable sur l'île jusqu'à l'avènement de Fidel Castro en 1959.
L'exil cubain : une réussite économique et politique
Pendant les décennies suivantes, des millions d'exilés cubains se réfugient aux États-Unis. Ils y connaissent des succès économiques éclatants, transforment Miami en un hub latino dynamique et s'intègrent à la vie politique de manière plus marquée que toute autre minorité latino. Ils placent de nombreux élus au Congrès et, l'année dernière, l'un des leurs au ministère des Affaires étrangères : Marco Rubio, dont les parents sont nés à Cuba. En somme, du point de vue de leur intégration, les Cubains ont réussi aussi bien que les Irlandais ou les Italiens.
L'heure des comptes
Avec des Cubains des deux côtés du détroit de Floride, l'heure des comptes a sonné. Alliés à Donald Trump, les exilés veulent leur revanche. Mais comment ? Envahir l'île ? Le Pentagone préférerait éviter l'ouverture d'un nouveau front, sachant qu'une résistance armée sous forme de guérilla ne peut être exclue. Capturer un membre de la famille Castro, à la manière du kidnapping de Maduro ? Ce ne serait pas suffisant pour faire tomber le régime. Étrangler économiquement le pays de 10 millions d'habitants ? Cela pourrait conduire à un exode massif vers la Floride, ce que Donald Trump, élu sur un programme anti-immigration, redoute par-dessus tout. Bref, il n'existe pas de solution satisfaisante aux yeux de la Maison-Blanche.
Le statu quo en question
Mais le statu quo l'est encore moins. Seule certitude : les États-Unis entendent rétablir leur domination sur les Amériques, en vertu de la doctrine trumpienne énoncée par le Pentagone en 2025 dans sa Stratégie de défense nationale. Cette priorité vise à ne pas laisser la Russie ni la Chine s'installer un jour à 145 kilomètres des côtes américaines. Or, comme au XIXe siècle contre l'Espagne, cette stratégie défensive se joue d'abord à Cuba.



