Le Maroc fait face à une hémorragie de ses médecins. Selon un rapport du Conseil national de l'Ordre des médecins, près de 12 000 praticiens marocains exercent actuellement à l'étranger, soit environ un tiers de l'ensemble des médecins formés dans le pays. Ce phénomène, qui s'accélère depuis une décennie, menace gravement le système de santé national.
Un exode qui s'intensifie
Entre 2010 et 2020, le nombre de médecins marocains partis travailler à l'étranger a augmenté de 40 %. Les destinations privilégiées sont la France, le Canada et les pays du Golfe. Le rapport souligne que 70 % des départs concernent des médecins âgés de moins de 35 ans, souvent fraîchement diplômés. « Nous formons des médecins pour d'autres pays », déplore le Dr. Ahmed Benomar, président du Conseil national de l'Ordre des médecins. « C'est un gaspillage de compétences et d'argent public. »
Les causes profondes de cette fuite
Plusieurs facteurs expliquent cet exode. En premier lieu, les conditions de travail difficiles dans les hôpitaux publics marocains : manque d'équipements, surcharge de travail, faibles perspectives de carrière. Ensuite, la rémunération insuffisante : un médecin généraliste gagne en moyenne 8 000 dirhams (environ 740 euros) par mois, tandis qu'un spécialiste peut espérer 15 000 dirhams. À cela s'ajoute un sentiment de manque de reconnaissance de la part de l'État. « On nous demande de soigner la population avec des moyens dérisoires, et on nous traite comme des fonctionnaires de second rang », témoigne une jeune médecin ayant récemment émigré au Canada, sous couvert d'anonymat.
Des conséquences directes sur la santé des Marocains
Cette fuite des cerveaux a des répercussions concrètes. Le Maroc compte environ 1,7 médecin pour 1 000 habitants, bien en dessous de la moyenne de l'Organisation mondiale de la santé (2,5). Dans les zones rurales, le ratio tombe à 0,5 médecin pour 1 000 habitants. Les services d'urgence et de soins spécialisés sont particulièrement touchés. Le gouvernement a tenté d'enrayer le phénomène en augmentant les salaires de 15 % en 2022 et en créant des incitations à l'installation dans les régions défavorisées, mais ces mesures sont jugées insuffisantes.
Des pistes pour inverser la tendance
Des experts proposent des réformes structurelles : améliorer les conditions de travail, offrir des formations continues, et surtout, donner plus d'autonomie aux médecins dans la gestion des hôpitaux. Le Dr. Benomar insiste : « Il faut un véritable plan d'urgence, avec des mesures concrètes et un financement adéquat. Sinon, le Maroc continuera de perdre ses meilleurs éléments. »



