À moins de vingt-quatre heures du scrutin législatif en Algérie, les candidats issus de la diaspora en France dressent un tableau contrasté de leur expérience électorale. Entre stigmatisation médiatique, difficultés administratives et sentiment d'une algérophobie latente, ils racontent une campagne sous tension.
Une campagne électorale sous le signe de la méfiance
Pour la première fois, la diaspora algérienne en France dispose de 8 sièges réservés à l'Assemblée nationale populaire (APN). Mais loin de susciter un engouement, cette avancée politique s'accompagne d'un climat de suspicion. « On nous accuse de vouloir imposer un agenda islamiste ou de faire le jeu du pouvoir algérien », déplore Karim, candidat indépendant à Paris. Selon lui, les médias français entretiennent une « diabolisation systématique » des candidats issus de l'immigration.
Des chiffres qui parlent : 6 millions d'Algériens en France
La communauté algérienne en France est l'une des plus importantes d'Europe, avec près de 6 millions de personnes ayant un lien direct avec l'Algérie. Pourtant, seulement 800 000 électeurs sont inscrits sur les listes consulaires. « Beaucoup hésitent à voter par peur des représailles ou d'être étiquetés », explique Amina, candidate à Lyon. « L'algérophobie n'est pas un vain mot : elle se manifeste dans le regard des collègues, dans les commentaires sur les réseaux sociaux. »
Des obstacles administratifs et un sentiment d'abandon
Au-delà de la stigmatisation, les candidats dénoncent des lourdeurs administratives qui compliquent leur campagne. « Il a fallu des mois pour obtenir les visas pour nos équipes de campagne », témoigne Mohamed, candidat à Marseille. « Les autorités françaises nous traitent comme des suspects. » Un sentiment partagé par plusieurs candidats interrogés par Le Monde, qui évoquent un « deux poids, deux mesures » par rapport aux autres diasporas.
Un espoir malgré tout
Malgré ce climat, les candidats de la diaspora restent mobilisés. « Nous portons une voix différente, celle d'une Algérie ouverte sur le monde », affirme Karim. « Nous voulons montrer que l'immigration n'est pas un problème mais une chance. » Les résultats du scrutin, attendus dans les prochains jours, diront si cette première expérience parlementaire de la diaspora sera un succès ou un échec.



