À quelques mois de multiples scrutins en Espagne, France, Pologne, Italie, Allemagne et Suède, une enquête de Voxeurop et d’EDJNet rappelle l’essentiel : la droite radicale progresse chez les 18-24 ans et les 25-34 ans. Mais cette progression accompagne surtout l’effondrement de la confiance dans les partis de gouvernement.
Une progression qui masque une polarisation
Selon l’enquête, la jeunesse ne se droitise pas mécaniquement : elle se polarise. Elle quitte le centre (l’a-t-elle jamais habité ?), en votant ailleurs ou en ne votant pas. Les données montrent que le soutien aux partis traditionnels de centre-droit et centre-gauche s’effondre chez les moins de 35 ans, tandis que les extrêmes, tant à droite qu’à gauche, gagnent du terrain.
Des chiffres clés
L’enquête révèle que dans plusieurs pays, la proportion de jeunes (18-34 ans) votant pour des partis de droite radicale a augmenté de 5 à 10 points de pourcentage par rapport aux élections précédentes. Par exemple, en France, le Rassemblement national capte désormais près de 25 % des voix chez les 18-24 ans, contre 16 % il y a cinq ans. En Allemagne, l’Alternative für Deutschland (AfD) atteint 18 % chez les 25-34 ans, soit une hausse de 7 points.
L’effondrement de la confiance dans les partis de gouvernement
L’étude souligne que la défiance envers les institutions politiques est particulièrement marquée chez les jeunes. « La jeunesse ne se reconnaît plus dans les partis traditionnels, qui n’ont pas su répondre à leurs préoccupations, notamment sur le climat, le logement et l’emploi », explique un analyste d’EDJNet. Cette défiance se traduit par une abstention record : dans certains pays, jusqu’à 40 % des 18-24 ans ne votent pas.
Des tendances contrastées selon les pays
Si la droite radicale progresse dans la plupart des pays étudiés, les dynamiques varient. En Espagne, Vox séduit surtout les jeunes hommes, tandis qu’en Suède, les Démocrates de Suède gagnent du terrain chez les jeunes femmes. En Pologne, le parti Droit et Justice (PiS) conserve une base jeune solide, mais le parti d’extrême droite Konfederacja progresse rapidement. En Italie, la Ligue de Matteo Salvini et Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni captent ensemble plus de 30 % des voix chez les 18-34 ans.
Une polarisation qui profite aussi à la gauche radicale
L’enquête note que la gauche radicale et les partis écologistes progressent également chez les jeunes, mais de manière moins homogène. En France, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon reste la première force politique chez les 18-24 ans, avec environ 30 % des intentions de vote. En Allemagne, Die Linke et les Verts attirent une part croissante des jeunes, mais perdent du terrain face à l’AfD.
Les causes de cette polarisation
Les analystes pointent plusieurs facteurs : la crise du logement, la précarité de l’emploi, l’urgence climatique et un sentiment de déclassement. « Les jeunes ont le sentiment que les partis traditionnels ne les écoutent pas et ne proposent pas de solutions à leurs problèmes concrets », déclare un chercheur de Voxeurop. Les réseaux sociaux jouent également un rôle clé dans la diffusion des idées radicales, avec des algorithmes qui favorisent les contenus polarisants.
Des conséquences pour les élections à venir
À l’approche des élections européennes de 2024 et des scrutins nationaux, cette polarisation de la jeunesse pourrait bouleverser le paysage politique. Les partis de gouvernement risquent de perdre un électorat clé, tandis que les forces radicales pourraient gagner en influence. « Si cette tendance se confirme, nous assisterons à une recomposition politique majeure en Europe », prévient l’analyste d’EDJNet.



