Voilà plusieurs mois que l’Ukraine a adopté une stratégie de guerre de résistance contre l’invasion russe : viser, par des attaques de drones répétées, les principales infrastructures pétrolières de la Russie. Raffineries, dépôts de carburant, terminaux maritimes et camions-citernes sont chaque semaine pris pour cible.
Une intensification des frappes en mai
En mai, ces frappes ukrainiennes se sont multipliées et intensifiées. Selon Bloomberg, au moins seize attaques contre des installations de production de carburant en Russie ont été menées au cours de ce mois. Elles ont visé huit des dix plus grandes raffineries du pays. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a également rappelé, lors d’une allocution le lundi 1er juin, que les forces ukrainiennes avaient réussi à toucher quinze raffineries russes, entre janvier et mai 2026.
L’objectif de ces offensives reste clair : miner l’économie et l’effort de guerre de Moscou, qui reposent en grande partie sur les revenus issus des hydrocarbures. Et il semble être atteint, tant le secteur énergétique vacille. « À la fin du mois de mai, près de 40 % des capacités russes de raffinage primaire du pétrole avaient été perturbées », a affirmé Volodymyr Zelensky lors de sa prise de parole. Ces raffineries sont en effet en berne, leur niveau de production étant le plus bas depuis seize ans, provoquant des risques de « pénuries de carburant, en Crimée et dans d’autres régions de notre pays sous occupation », a ajouté le président ukrainien.
La Crimée en première ligne
La Crimée doit particulièrement s’adapter à ces potentielles pénuries. Les autoroutes reliant la Russie aux territoires occupés, dont la presqu’île illégalement annexée par la Russie en 2014, ont été endommagées par l’armée ukrainienne, qui y vise des camions-citernes. « Il n’existe quasi plus de routes sûres pour l’occupant dans le sud et l’est de notre pays », a déclaré Volodymyr Zelensky. Le gouverneur de la Crimée, Sergueï Aksionov, a ainsi annoncé, samedi 30 mai, que la vente de carburant y serait désormais limitée et se ferait grâce à des tickets de rationnement. Ceci reste une mesure « temporaire » qui devrait être levée « sous trente jours », a-t-il précisé.
Depuis, les queues aux stations-service se sont allongées à Sébastopol, l’une des plus grandes villes de Crimée, qui espère reprendre les ventes d’essence habituelles mercredi, selon son gouverneur Mikhaïl Razvozhayev, cité par Reuters.
Mesures russes pour prévenir les pénuries
Pour prévenir les pénuries à l’échelle nationale, le gouvernement russe a aussi annoncé lundi 1er juin interdire les exportations de kérosène, jusqu’au 30 novembre, après avoir fait de même pour l’essence début avril. Si la Russie n’est pas un pays clé du marché mondial du kérosène, cette suspension des exportations permettra d’« assurer la stabilité du marché intérieur des carburants », a indiqué le gouvernement russe dans un communiqué.
La paralysie du secteur énergétique porte un coup à « l’opération militaire spéciale » de Vladimir Poutine, lui qui pouvait espérer refinancer son effort de guerre par l’affaiblissement des sanctions américaines sur les ventes de pétrole et la hausse du prix du baril en raison du conflit au Moyen-Orient. Pour conserver une position de force dans la guerre, la Russie continue de bombarder l’Ukraine. Mardi 2 juin au matin, la capitale Kiev et la ville de Dnipro ont été touchées par une série de missiles balistiques, faisant au moins 22 morts.



