Ebola en RDC : 438 morts, extension à Kisangani et défiance des populations
Ebola en RDC : 438 morts, extension à Kisangani

L'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC) continue de s'étendre. Selon le dernier bilan de l'Institut national de santé publique (INSP) congolais, publié ce jeudi, 438 décès et 1.406 cas ont été recensés, soit un taux de létalité de 31,2%. Un cas a récemment été confirmé à Kisangani, grande ville du nord-est située à près de 600 km du foyer initial de la crise.

Une 17e épidémie due au virus Bundibugyo

Cette épidémie, officiellement déclarée le 15 mai, est la 17e dans le pays. Elle est causée par le virus Bundibugyo, pour lequel il n'existe ni vaccin ni traitement. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché une alerte internationale, et des tests cliniques sont en préparation. Le foyer principal se situe dans la province de l'Ituri, frontalière du Soudan du Sud et de l'Ouganda, qui concentre 91,2% des cas et 83,6% des décès. Le virus est également présent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, cette dernière n'ayant enregistré aucun nouveau cas confirmé depuis le 26 mai. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa et le patron de l'agence sanitaire de l'Union africaine (Africa CDC), Jean Kaseya, sont en visite ce jeudi à Kinshasa.

Un cas à Kisangani, une femme enceinte de 24 ans

À Kisangani, cité de 1,5 million d'habitants et capitale de la province de la Tshopo, un test effectué sur la dépouille d'une femme de 24 ans, enceinte de 6 mois, s'est révélé positif, selon l'INSP. « Le corps de la défunte a été transporté clandestinement par moto vers Kisangani » depuis la zone de santé de Nia Nia en Ituri, située à environ 350 km, ont expliqué les autorités sanitaires. La dépouille d'une victime d'Ebola est extrêmement contagieuse, et dans de nombreux cas, la maladie est transmise lors des rites funéraires.

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Un autre décès et un cas de transmission ont également été signalés en début de semaine dans la province du Haut-Uélé, voisine de l'Ituri. La personne contaminée est décrite par les autorités sanitaires comme étant « en fuite » depuis la zone santé de Nia Nia. Malgré ces trois cas signalés dans deux provinces supplémentaires, les autorités sanitaires congolaises persistent à déclarer que seules trois provinces au total sont touchées par l'épidémie, considérant que dans la Tshopo et le Haut-Uélé, il s'agit de « cas importés » d'Ituri.

Défiance des populations locales et incendie d'un centre de santé

À l'épicentre de l'épidémie, soignants et humanitaires sont confrontés à une grande défiance des populations locales. Certains habitants nient l'existence de la maladie, tandis que d'autres accusent les organisations internationales de chercher à faire du profit. Mercredi, un centre de santé Ebola géré par les autorités sanitaires locales a été incendié dans la zone de Nia Nia, selon des sources locales à l'AFP. Sept cas suspects, qui y étaient placés en isolement, ont tous pris la fuite et n'ont pas été retrouvés à ce stade, a indiqué le Dr Joseph Pemanakue, médecin chef de la zone.

Le centre abritait également deux corps de personnes probablement mortes du virus. Avant leur inhumation sanitaire, « un groupe de jeunes s'y est opposé et a voulu récupérer les corps, estimant que ces personnes n'étaient pas mortes d'Ebola et considérant que cette maladie est un "business" », a expliqué le Dr Pemanakue. La police est intervenue par des tirs de sommation, mais les protestataires ont incendié les lieux. « Le bilan fait état d'un policier décédé après avoir été lynché par les manifestants et deux jeunes grièvement blessés », selon le colonel Matadi Muyapandi, administrateur policier du territoire. Les jeunes ont réussi à soustraire les deux dépouilles. « Ils les ont manipulés et ils ont été en contact avec les cas Ebola. C'est un risque majeur de propagation », a déploré le médecin-chef.

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Riposte sanitaire entravée et saturation des centres

Plusieurs incidents de ce type ont été signalés depuis le début de l'épidémie, ralentissant une riposte sanitaire qui s'est renforcée mais qui a longtemps patiné. Les structures de santé en Ituri manquent encore d'équipements et de matériel de base, comme des kits de protection et du chlore. Les centres de traitement Ebola sont saturés, avec un taux d'occupation de plus de 138%, selon l'INSP. Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels, provoque une fièvre hémorragique.