Traque des polluants éternels : immersion dans le laboratoire qui mesure l'impact
Traque des polluants éternels : au cœur du labo qui mesure

Dans un laboratoire de l'École des Ponts ParisTech, à Champs-sur-Marne, des chercheurs traquent les PFAS, ces substances per- et polyfluoroalkylées surnommées « polluants éternels ». Leur mission : développer des méthodes de mesure ultra-précises pour détecter ces composés chimiques persistants dans l'environnement, afin de fournir aux décideurs publics les données nécessaires pour agir.

Un défi technique de taille

Les PFAS sont présents dans de nombreux produits du quotidien (poêles antiadhésives, vêtements imperméables, mousses anti-incendie) et se retrouvent dans l'eau, l'air et les sols. Leur persistance et leur toxicité potentielle en font un enjeu sanitaire et environnemental majeur. Mais leur détection est complexe : « Il faut avoir une mesure exacte pour que les donneurs d'ordre puissent agir », explique un chercheur du laboratoire.

Les scientifiques utilisent des techniques de pointe comme la chromatographie en phase liquide couplée à la spectrométrie de masse (LC-MS/MS). Cet équipement permet de séparer et d'identifier les différentes molécules de PFAS avec une précision de l'ordre du nanogramme par litre. « Nous pouvons détecter des concentrations infimes, bien en dessous des seuils réglementaires actuels », précise le chercheur.

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Une cartographie des pollutions

Le laboratoire travaille en partenariat avec des agences de l'eau, des collectivités et des industriels pour cartographier la présence des PFAS sur le territoire français. « Nous avons déjà analysé des centaines d'échantillons d'eau potable, de rivières et de lacs », indique-t-il. Les résultats montrent que certains sites sont particulièrement contaminés, notamment à proximité des usines de production ou d'utilisation de ces substances.

En France, le sujet est devenu brûlant après la révélation de pollutions massives dans la région lyonnaise et en Alsace. Le laboratoire de l'École des Ponts est sollicité pour fournir des données fiables qui serviront de base aux futures réglementations. « Sans mesure précise, on ne peut pas fixer de limites ni évaluer l'efficacité des actions de dépollution », souligne le chercheur.

Vers une standardisation des méthodes

Un des enjeux majeurs est d'harmoniser les protocoles de mesure au niveau national et européen. Actuellement, chaque laboratoire utilise ses propres méthodes, ce qui rend les comparaisons difficiles. « Nous travaillons à la mise au point de méthodes de référence qui pourront être utilisées par tous les laboratoires agréés », explique le scientifique. Cela permettra d'obtenir des données comparables et de suivre l'évolution de la contamination dans le temps.

Le laboratoire participe également à des programmes de recherche internationaux pour mieux comprendre le comportement des PFAS dans l'environnement et leur impact sur la santé. « Nous savons encore peu de choses sur les effets à long terme de l'exposition à ces substances, mais les études épidémiologiques suggèrent des liens avec certains cancers, des troubles thyroïdiens et une baisse de la fertilité », rapporte-t-il.

Un appel à l'action des pouvoirs publics

Les chercheurs espèrent que leurs travaux inciteront les autorités à renforcer la réglementation. En France, un projet de loi visant à restreindre l'utilisation des PFAS est en discussion, mais sa mise en œuvre se heurte à des oppositions industrielles. « Il est urgent d'agir, car ces polluants s'accumulent dans l'environnement et dans notre corps », alerte le chercheur.

Le laboratoire continue d'affiner ses techniques pour détecter des composés encore inconnus ou non ciblés. « Il existe des milliers de PFAS différents, et nous n'en mesurons qu'une petite partie. Il faut développer des méthodes capables de les identifier tous », conclut-il.

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