Monaco, épicentre de l'économie bleue
En juin 2025, la première édition du Blue & Economy Finance Forum (BEFF) a posé les jalons d'une coalition financière colossale et inédite au service de l'économie bleue. L'acte 2 se déroule du 27 au 29 mai 2026 à Monaco, où de nouveaux leviers économiques devront être actionnés pour concrétiser des projets résilients et transparents. Un changement concret est attendu.
Un sommet historique en 2025
L'an dernier, en marge du Sommet des océans à Nice, la Fondation Prince Albert II et l'Institut océanographique ont offert un nouveau cap à l'humanité dans la préservation de son plus vaste écosystème : l'océan. Ce cap doit être maintenu cette semaine lors de l'acte 2 du BEFF, pour dégager un horizon gris carbone. Avec 1 800 participants, 6 chefs d'État et 100 pays représentés, le premier BEFF avait jeté, depuis le Grimaldi Forum, un pont inédit entre scientifiques, philanthropes et mastodontes de la finance mondiale. Une mobilisation souhaitée par le prince Albert II et rendue universelle par la présence notamment des présidents français et brésilien, Macron et Lula, ou encore le prince William. Résultat ? La promesse de milliards d'euros investis dans l'économie bleue, identifiée comme le poumon de la croissance de demain. Du moins par les acteurs d'un monde raisonné et raisonnable.
Un changement de paradigme nécessaire
« L'objectif est de changer de paradigme », déclare le prince Albert II. « Ma Fondation, avec le fonds ReOcean, vise à passer d'une économie d'atténuation, qui limite l'impact de l'activité humaine, à une économie régénérative, qui restaure les écosystèmes et soutient les populations impactées. Le BEFF a permis ces avancées. » Les données macroéconomiques confortent cette stratégie : selon un récent rapport de l'OCDE, l'économie bleue devrait peser près de 3 000 milliards d'euros d'ici 2030, la hissant au rang de cinquième économie mondiale. Son potentiel est si prometteur que même le Forum de Davos a intégré l'océan dans ses discussions. Mais la route est encore longue : 175 milliards de dollars par an sont nécessaires pour une économie maritime durable, alors que moins de 30 milliards ont été mobilisés depuis 2010. C'est là que le BEFF entre en jeu, en transformant les réflexions en actions de terrain.
Fini le greenwashing, place à la transparence
L'an dernier, le BEFF a permis d'identifier plus de 25 milliards d'euros d'investissements potentiels et a enregistré 8,7 milliards d'euros de nouveaux engagements financiers d'ici 2030. Des fonds et une promesse : la transparence. Oubliés les discours moralisateurs et le greenwashing, désormais il s'agit d'œuvrer ensemble et en confiance. Les engagements pris devront se traduire rapidement en résultats mesurables. Bref, convertir l'impulsion de 2025 en une dynamique pérenne, afin que l'océan s'impose comme une « valeur sûre de placement ». Cette ambition prend un sens particulier en cette année de présidence du Comité des ministres du Conseil de l'Europe pour Monaco, prouvant que de petits pays peuvent être de puissants moteurs du changement mondial.
Des chantiers concrets pour l'avenir
Plusieurs chantiers cruciaux rythmeront les trois prochains jours d'action à Monaco. Première urgence : accélérer la décarbonation du secteur maritime, un défi qui mobilisera les gérants de grands ports et les acteurs du transport commercial dans un contexte mondial tendu avec le blocage du détroit d'Ormuz. Un accent fort sera mis sur l'essor industriel des produits de la mer issus de filières régénératives et durables. Ces dernières années, des opérateurs privés ont investi dans le développement d'aires marines protégées, le recyclage des plastiques, l'aquaculture durable, les nouvelles énergies (éolienne, houlomotrice, solaire), ou encore la transformation des mangroves en puits de carbone valorisables.
Partage de données et protection juridique
Autre objectif majeur : doter la communauté scientifique internationale d'un outil de partage de données océaniques en sources ouvertes. Si une infime partie des océans a été cartographiée, l'intelligence artificielle pourrait permettre un bond de connaissances à court terme. Le BEFF sera enfin un lieu d'échanges propice à la promotion de la protection juridique de la haute mer, garantie depuis janvier 2026 par l'entrée en vigueur du Traité international BBNJ.



