S'il ne pleut pas d'ici quinze jours, les agriculteurs d'Occitanie redoutent une année catastrophique. Alors que la sécheresse s'installe durablement, maïs et céréales sont particulièrement impactés par le manque d'eau. La vigne commence également à souffrir, et les prévisions météo annoncent un mois de juillet très sec.
Une sécheresse des sols déjà installée
Alix Roumagnac, patron de la société Prédict à Castelnau (34), spécialisée dans la prévention et la gestion des risques climatiques, confirme : « Nous sommes déjà dans une situation de sécheresse des sols ». Malgré les pluies diluviennes de l'hiver et du printemps, l'alerte rouge est décrétée alors qu'aucune goutte d'eau n'est tombée sur la majeure partie de la région depuis le 5 mai.
« Avec une séquence sans pluie comme celle-ci, on se focalise sur la sécheresse des sols avec les problématiques concomitantes comme les feux de forêt, explique-t-il. Surtout avec les broussailles qui ont fortement poussé au printemps et se transforment en combustible. » Si l'hiver très pluvieux a permis de recharger les nappes et de regonfler le débit des rivières, il rappelle que « les PO, l'Aude et l'ouest de l'Hérault restent fragiles car ces départements sortaient d'une période pluriannuelle de sécheresse ».
Pas de pluie en vue avant le 14 juillet
Les prévisions à court terme ne sont pas bonnes : « Le tendanciel jusqu'au 14 juillet, c'est de voir cette sécheresse persister, sans orages. Alors, on peut craindre pour ces régions-là », annonce Alix Roumagnac. Guilhem Vigroux, viticulteur et secrétaire de la chambre d'agriculture de l'Hérault, confirme cette inquiétude et l'impact sur les récoltes : « Les cultures annuelles avec racines superficielles dérouillent. Il n'y aura pas non plus de seconde coupe dans les prairies, un manque pour les éleveurs. La qualité des céréales est détériorée par la chaleur. »
Céréales d'hiver et prairies en souffrance
Quant aux vignes, elles résistent, mais jusqu'à quand ? « Elles sont passées d'un excès d'eau à un stress hydrique. Ce n'est pas encore dramatique mais si on reste quinze jours de plus sans pluie, on va être mal. Il y aura forcément des impacts », ajoute Guilhem Vigroux. Christel Chevrier, cheffe de service Productions végétales à la chambre d'agriculture d'Occitanie, explique que « les céréales d'hiver souffrent d'autant plus qu'on a été contraints de décaler les semis à fin janvier pour éviter certaines viroses pour lesquelles les agriculteurs ont désormais moins d'outils autorisés. Du coup, en décalant le cycle vers l'été, on est plus sensibles aux coups de chaud. La perte de rendements est estimée de 20 à 30 % ».
Accélération des indemnisations et aides
Les cabinets des ministères de l'Agriculture et de l'Économie ont rencontré mercredi 1er juillet les représentants des principaux cabinets d'assurance des agriculteurs. Devant le nombre grandissant de demandes d'indemnisation lié à la canicule, ils ont demandé une accélération des procédures d'indemnisation et obtenu des solutions pour des décaissements par anticipation en faveur des assurés. Le ministère de l'Agriculture réactive par ailleurs son dispositif de crise pour accompagner les exploitations qui connaissent des difficultés de trésorerie. Un dispositif d'aides en faveur des éleveurs est aussi annoncé afin de financer des équipements pour lutter contre la chaleur (brumisateurs, ventilateurs) notamment par le recours à des prêts. Un dispositif d'appui au transport de fourrage est également créé pour faciliter la solidarité en faveur des éleveurs qui en ont besoin.
Paul Marchand, exploitant à Assas, note que l'impact est moindre sous les produits sous serre des maraîchers, généralement irrigués, mais que « la chaleur induit quand même une souffrance du feuillage, une soif ».



