Alors que la France traverse l'un de ses épisodes de canicule les plus intenses, les Écologistes relancent l'idée d'un congé climatique. Dimanche, la secrétaire générale du parti, Marine Tondelier, a lancé une pétition pour la création de cinq jours de congé payé par l'État, destinés à permettre à chacun de faire face à une canicule, une inondation, un incendie ou une fermeture d'école liée au climat, sans perte de revenus. L'objectif est de recueillir au moins 150 000 signatures pour déclencher un examen parlementaire.
Un précédent européen : le congé climatique espagnol
La proposition s'appuie sur un exemple concret : en novembre 2024, le gouvernement socialiste espagnol a inscrit dans le droit du travail un congé climatique de quatre jours par an, après les inondations meurtrières de Valence qui ont causé plus de 200 décès. Ce congé, payé par l'État, vise à éviter les déplacements en cas d'alerte météorologique, sans perte de salaire ni de cotisations pour le travailleur.
Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a également appelé à moduler le droit du travail pour instaurer un congé spécifique. Rachele Barrion, secrétaire confédérale de Force ouvrière chargée de l'économie et de la transition écologique, interrogée par Novethic, partage cette volonté et y voit une nécessité pour défendre les intérêts des salariés.
Des modèles au Canada et au Qatar
Ce dispositif s'inspire aussi d'une législation au Canada, où les entreprises doivent mettre en place des mesures de prévention des risques en cas de conditions météorologiques défavorables, dont le droit de cesser le travail. Au Qatar, une loi stricte interdit le travail à l'extérieur entre 10 heures et 15h30 du 1er juin au 15 septembre. Une étude de 2019 parue dans la revue Cardiology a établi que 200 décès de travailleurs népalais sur la période 2009-2017 ont été causés par la chaleur.
En France, un cadre juridique encore fragmenté
En France, le cadre existant est limité. Un décret de juin 2024 a intégré les périodes de canicule dans la définition légale des intempéries : les entreprises du BTP bénéficient désormais du chômage partiel de plein droit dès le déclenchement d'une vigilance orange. Mais hors du bâtiment, les protections sont moins automatiques. Le télétravail ne peut être imposé par le salarié, même en période de canicule. Le droit de retrait (article L4131-1 du Code du travail) peut s'appliquer en cas de chaleur extrême si le travailleur risque de se mettre en danger.
Interrogé sur BFM, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a jugé intéressant de regarder ce qui se pratique dans des pays chauds comme l'Espagne, sans s'engager davantage. Cette réponse contraste avec sa déclaration de fin mai sur France Info, où il assurait que les entreprises savent ce qu'il faut faire quand il fait chaud.



