Pourquoi instaurer des quotas de décibels dans les villes ?
Pourquoi des quotas de décibels dans les villes ?

Le vacarme envahit la vie urbaine, agressant habitants et passants. Moteurs, scooters trafiqués, terrasses sonorisées, enceintes portatives, chantiers permanents, livraisons nocturnes, conversations hurlées dans les transports, téléphones portables utilisés sans aucune civilité. La ville moderne n’est plus seulement dense, mobile et connectée ; elle est devenue assourdissante. Le bruit ne constitue plus seulement une nuisance. Il devient une pollution à part entière. Certes les moteurs électriques atténuent un peu cette pollution sonore, mais pour le reste il faut des efforts.

Des outils pour mesurer le bruit

Les pouvoirs publics savent mesurer le carbone, comptabiliser les particules fines, suivre les consommations énergétiques bâtiment par bâtiment. Pourquoi ne procéderaient-ils pas exactement de même avec les décibels ? Après les budgets carbone, place aux budgets sonores. Le droit n’est pas sourd à ces sujets. Obligées en cela par une directive européenne, les agglomérations doivent déjà élaborer des cartes stratégiques de bruit (CSB) et des plans de prévention du bruit dans l’environnement (PPBE).

Vers un quota de décibels

On peut aller plus loin. Chaque commune – voire chaque quartier – disposerait d’un plafond annuel d’émissions sonores. Un quota de décibels, en quelque sorte. Les collectivités devraient alors arbitrer. Plus de concerts dehors ? Très bien, mais moins de circulation motorisée. Plus de terrasses ouvertes tardivement ? Alors davantage d’amendes pour non-respect des limites. Une ville, comme une entreprise, gérerait son « bilan bruit ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le coût du bruit

Le bruit coûte cher. En fatigue, en troubles du sommeil, en stress chronique, en difficultés scolaires, en conflits de voisinage. L’Agence européenne pour l’environnement estime depuis longtemps que l’exposition prolongée au bruit produit des effets sanitaires massifs. Le vacarme urbain réduit la qualité de vie, comme la mauvaise qualité de l’air.

Repenser la ville

Le sujet est d’autant plus intéressant qu’il introduirait une nouvelle manière de penser la ville. Jusqu’ici, les élus raisonnent surtout en flux : fluidifier la circulation, accélérer les transports, animer les centres-villes. Demain, ils pourraient devoir raisonner en intensité sonore acceptable. Avec une conséquence politique majeure : le silence deviendrait un bien collectif apprécié.

Des débats nécessaires

Les objections surgissent évidemment. Qui déciderait de la « juste » quantité de bruit ? Une fanfare municipale vaut-elle davantage qu’un cortège de motos ? Une cour d’école bruyante doit-elle être pénalisée comme une boîte de nuit ? Les débats seraient infinis, donc passionnants. Et surtout révélateurs de nos contradictions contemporaines. Nous voulons des villes vivantes mais calmes, festives mais reposantes, denses mais apaisées. Nous rêvons simultanément d’animation et de tranquillité. Les quotas de silence auraient au moins le mérite d’obliger à choisir.

Innovations démocratiques

On pourrait même imaginer des innovations démocratiques inédites. Des conseils municipaux du bruit. Des applications affichant en temps réel la « consommation sonore » d’un quartier. Des bonus accordés aux rues particulièrement silencieuses. Des copropriétés échangeant des droits à nuisance comme les industriels échangent des droits à polluer.

Pour aller jusqu’au bout de la logique, on pourrait instituer des quotas individuels de bruit. Chacun dans la ville devrait se réfréner, en particulier avec son téléphone dans le métro ou dans le bus. En tout cas, la ville vraiment durable du XXIe siècle ne sera probablement pas seulement verte. Elle devra aussi devenir plus silencieuse. Car, au fond, le silence n’est pas l’absence de vie. C’est peut-être devenu l’un des derniers luxes urbains.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale