Chlordécone : qui est responsable de l'empoisonnement des Antilles ?
Chlordécone : responsables de l'empoisonnement antillais

Le scandale du chlordécone, pesticide utilisé massivement dans les bananeraies aux Antilles de 1972 à 1993, a empoisonné les sols, l'eau et la chaîne alimentaire, exposant des centaines de milliers de personnes à des risques sanitaires graves. Un rapport parlementaire publié en juin 2022 met en cause l'État, les autorités sanitaires et les producteurs de bananes, pointant leur responsabilité dans cette catastrophe environnementale et sanitaire.

Des décennies d'utilisation sans contrôle

Le chlordécone, un pesticide organochloré, a été utilisé pour lutter contre le charançon du bananier. Malgré son interdiction aux États-Unis dès 1975 en raison de sa toxicité, la France a autorisé sa prolongation d'usage jusqu'en 1993. Le rapport parlementaire révèle que les autorités sanitaires, dont l'ANSES et le ministère de l'Agriculture, ont failli à leur mission de protection, en ne prenant pas les mesures nécessaires pour stopper l'utilisation du produit ou en minimisant les risques.

Selon le rapport, « l'État a manqué à son obligation de vigilance et de prévention », exposant la population antillaise à une contamination chronique. Les sols de Martinique et de Guadeloupe restent contaminés pour plusieurs décennies, voire siècles, en raison de la persistance du chlordécone.

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Des conséquences sanitaires graves

L'exposition au chlordécone est associée à un risque accru de cancer de la prostate, de troubles du développement neurologique chez les enfants, et de perturbations endocriniennes. Une étude de Santé publique France estime que près de 90 % de la population antillaise est contaminée, avec des taux particulièrement élevés chez les consommateurs de produits locaux.

Le rapport parlementaire souligne que « les conséquences sanitaires sont massives et durables », et que les pouvoirs publics ont tardé à informer la population et à mettre en place des mesures de protection, comme l'interdiction de la pêche dans certaines zones ou la distribution d'eau potable.

La responsabilité des producteurs de bananes

Les producteurs de bananes, réunis au sein du groupe Bananes de Guadeloupe et Martinique, sont également mis en cause. Ils ont continué à utiliser le chlordécone malgré les alertes sur sa toxicité, privilégiant la rentabilité économique à la santé des populations. Le rapport indique que « les producteurs ont fait preuve d'une négligence coupable » et qu'ils doivent contribuer au financement de la dépollution et de l'indemnisation des victimes.

Selon le député Jean-Philippe Nilor, co-rapporteur de la mission, « il y a une responsabilité partagée entre l'État, les autorités sanitaires et les producteurs. Tous ont failli à leur devoir. »

Un plan d'action insuffisant

Le gouvernement a annoncé un plan d'action de 100 millions d'euros pour la dépollution des sols et l'accompagnement des agriculteurs vers des pratiques alternatives. Cependant, le rapport parlementaire juge ce plan insuffisant face à l'ampleur de la contamination. Les associations de victimes réclament un fonds d'indemnisation spécifique et une reconnaissance en tant que catastrophe sanitaire.

Le rapport préconise 25 recommandations, dont la création d'un fonds d'indemnisation, le renforcement des contrôles sanitaires et l'interdiction définitive de tout pesticide persistant. Il appelle également à une meilleure information des populations et à un suivi médical à long terme.

Un scandale qui n'en finit pas

Le scandale du chlordécone a déjà fait l'objet de plusieurs rapports et d'une plainte pénale déposée par des associations. En 2021, la Cour de justice de la République a été saisie pour mise en danger de la vie d'autrui. Le rapport parlementaire de juin 2022 apporte des éléments supplémentaires qui pourraient relancer l'action judiciaire.

Pour les Antillais, c'est une trahison de l'État qui a sacrifié leur santé au profit d'une agriculture intensive. Comme le résume le député Nilor : « C'est un crime environnemental et sanitaire. L'État doit reconnaître sa responsabilité et réparer les dégâts. »

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