À Lahontan, des milliers de tonnes de déchets agricoles menacent une zone Natura 2000
Déchets agricoles à Lahontan : menace sur une zone Natura 2000

Une montagne de déchets agricoles à Lahontan

Dans le village de Lahontan, situé à proximité de Pau, un spectacle inquiétant s'offre aux habitants depuis plusieurs semaines. Des milliers de tonnes de déchets, résultant des blocages organisés par les agriculteurs lors de la crise de la dermatose bovine, s'amoncellent sur le terrain d'Eurovia, une filiale du groupe Vinci. Ce site jouxte directement l'autoroute A64, créant un paysage industriel inattendu en pleine campagne.

Une situation d'urgence environnementale

Les riverains se sont réveillés en 2026 pour découvrir un amas impressionnant de pneus, de tôles, de ballots de paille et de carcasses de véhicules éparpillés sur le gravier. Vinci avait pris la décision de « stocker en urgence » ces encombrants sur cette plate-forme privée, sans véritablement anticiper les conséquences environnementales. Selon les estimations du groupe, ce sont près de 5 000 tonnes d'ordures qui gisent à quelques mètres seulement d'un ruisseau classé Natura 2000, l'Arriou de Peyré.

Le maire du village, Patrice Lalanne, exprime son indignation face à cette situation. « Habitués pour certains à se promener autour du lac, les habitants ne comprennent pas comment une telle opération a pu être réalisée sans aucune préoccupation pour le lieu », déclare-t-il. L'édile est intervenu à plusieurs reprises auprès de la société autoroutière et de la préfecture pour exiger un nettoyage rapide du site.

Risques de pollution et mesures d'urgence

Bien qu'aucune pollution n'ait été officiellement constatée à ce jour, les élus locaux maintiennent une surveillance attentive. Ils ont observé un liquide noirâtre et visqueux s'échappant de la décharge, ainsi que la présence de deux barrages improvisés près du canal reliant le lac. Ces structures, constituées de graviers et d'une botte de paille, semblent avoir été érigées pour contenir d'éventuels écoulements contaminés.

Interrogé sur ces aménagements, Vinci affirme ne pas en avoir connaissance, tout en assurant que « une cuve enterrée pour cette situation exceptionnelle permet la récupération des eaux de ruissellement ». Pourtant, un élu de Lahontan témoigne avoir vu cette cuve déborder après les récentes averses, soulevant des questions sur l'efficacité des mesures de protection.

Un nettoyage complexe et coûteux

Depuis le 26 janvier, près d'un mois après l'installation de la décharge, des pelleteuses et semi-remorques se relaient pour évacuer les ordures. Selon un arrêté préfectoral, ces opérations de nettoyage doivent se poursuivre jusqu'au mois de mars, entraînant des restrictions de circulation sur l'A64. La destination finale des déchets reste imprécise, mais ils pourraient être acheminés vers des centres spécialisés et des déchetteries, certaines situées jusqu'à Strasbourg.

Le coût de cette opération de déblayage s'annonce particulièrement élevé. Le maire estime que la facture pourrait atteindre « près d'un million d'euros », une somme dont la prise en charge financière n'est pas encore clarifiée. La société autoroutière, contactée à ce sujet, n'a pas souhaité s'exprimer.

Contexte des blocages agricoles

Pour rappel, ces déchets proviennent des blocages organisés par les agriculteurs entre le 12 décembre 2025 et le 15 janvier 2026. Ces manifestations visaient à protester contre la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC). Après la levée des barrages, les services de l'État avaient évalué le coût total des opérations dans le département à « plus d'un million d'euros », un chiffre qui semble se confirmer avec les dépenses engagées pour le nettoyage du site de Lahontan.

La préfecture, sollicitée pour commenter cette situation, n'avait pas répondu au moment de la publication de ces informations, laissant planer un doute sur les responsabilités et les suites à donner à ce dossier environnemental préoccupant.