L'intelligence artificielle débarque dans les poubelles pour améliorer le tri sélectif
IA dans les poubelles : un outil pour mieux trier les déchets

L'intelligence artificielle au service du tri sélectif

Le Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères (Sictom Sud-Gironde) a lancé une expérimentation innovante depuis le mois de juin. Deux camions de collecte sont désormais équipés de caméras intelligentes qui photographient systématiquement le contenu de chaque bac déversé dans la benne, avant que le compactage ne s'opère.

Un outil pour cibler les mauvaises pratiques

L'objectif principal de cette technologie est de repérer avec précision les erreurs de tri commises par les usagers. L'intelligence artificielle analyse les images capturées, identifie les anomalies et les catégorise, permettant ainsi aux équipes du syndicat d'avoir une vision détaillée des habitudes locales.

« C'est en particulier sur le contenu de la poubelle jaque que nous souhaitons nous concentrer », explique Christophe Doray, président du Sictom. Avec la généralisation de la collecte en porte-à-porte prévue pour fin 2025 – ce qu'il qualifie de « collecte incitative » – les performances s'améliorent, mais des progrès restent à accomplir.

Le coût élevé des erreurs de tri

Même si le volume de déchets recyclables collectés est passé de 2 950 tonnes en 2023 à 4 400 tonnes en 2025, le taux de refus – c'est-à-dire les déchets mal triés qui ne peuvent être recyclés – avoisine toujours les 20 %, proche de la moyenne nationale.

« C'est un territoire qui trie beaucoup, mais il faut en améliorer la qualité », souligne Christophe Voisin, directeur du Sictom. « Un camion sur quatre transporte du refus, soit l'équivalent de 80 semi-remorques par an. »

Ces erreurs, souvent commises de bonne foi, ont un impact financier significatif :

  • Une tonne de déchets correctement triés coûte 100 euros à traiter
  • Une tonne d'ordures ménagères résiduelles (poubelle noire) coûte 300 euros
  • Une tonne de refus de tri atteint 700 euros

« Plus le tri sera bien fait, plus le coût pourra diminuer », précise Christophe Voisin.

Une pédagogie ciblée grâce aux données

Dans les bureaux du Sictom, Clément Chaignaud, directeur des services techniques, exploite les données collectées. Sur son écran, il visualise les photos de chaque levée, avec les erreurs de tri détectées par l'IA – matérialisées par de petits carrés et accompagnées de leur motif.

Ces informations sont ensuite compilées dans des tableurs et sur des cartes géographiques. Chaque poubelle étant équipée d'une puce, il est possible de relier précisément chaque bac aux erreurs constatées, identifiant ainsi les zones où les mauvaises pratiques sont récurrentes.

Le syndicat utilise ces données pour adapter sa communication :

  1. Les ambassadeurs de tri effectuent du porte-à-porte dans les secteurs problématiques
  2. La communication est axée sur les erreurs les plus fréquemment observées
  3. Des courriers ciblés sont envoyés dans des zones géographiques précises

« L'objectif est de ne pas dégoûter le trieur », insiste Christophe Voisin, rappelant que le syndicat n'a pas le droit de distribuer des amendes pour l'instant.

Perspectives futures et sécurité renforcée

À plus long terme, le directeur n'exclut pas une répercussion financière pour les usagers qui ne trieraient pas de manière délibérée. « Il pourrait y avoir des conséquences financières, avec par exemple un système de tarif différencié », envisage-t-il. Cette possibilité n'est cependant pas encore à l'ordre du jour et nécessiterait une précision accrue, que le syndicat espère atteindre fin 2027.

Actuellement, seules deux des dix bennes du parc sont équipées de cette technologie, dont l'installation coûte 5 000 euros par véhicule. Grâce à une subvention régionale de 50 000 euros, le syndicat prévoit d'étendre le dispositif à huit bennes, couvrant également les coûts de fonctionnement de l'IA développée par l'entreprise Lixo, déjà présente dans plus de 5 000 communes françaises.

Au-delà de l'amélioration du tri, l'intelligence artificielle présente un atout sécurité non négligeable : elle permet de détecter des éléments dangereux dans les bennes, qu'ils soient inflammables, toxiques ou sources de pollution. Depuis juin, le système a déjà envoyé « sept à huit alertes » concernant notamment des bonbonnes de protoxyde d'azote (gaz hilarant), dont la consommation a fortement augmenté ces dernières années et qui représentent un risque d'incendie.