Une étude publiée jeudi dans le Journal of Experimental Biology montre que les moustiques peuvent apprendre à surmonter leur aversion pour le DEET, le répulsif le plus utilisé au monde. En laboratoire, des chercheurs sont parvenus à conditionner des moustiques à associer l'odeur du DEET à la perspective d'un repas de sang, au point que les insectes ont préféré piquer une main imprégnée de répulsif plutôt qu'une main propre.
Une expérience inspirée de Pavlov
Les scientifiques ont immobilisé des moustiques de l'espèce Aedes aegypti, vectrice de la dengue, du zika, de la fièvre jaune et du chikungunya, derrière une maille textile. Ils leur ont présenté une poche de sang de mouton chaud. Sans surprise, les moustiques ont tenté de la percer avec leur trompe. Lorsque la poche était imprégnée de DEET, ils s'en éloignaient.
Dans un second temps, l'équipe a nourri les insectes pendant 20 secondes avec du sang chaud, en diffusant du DEET durant les 10 dernières secondes. Après trois répétitions de cet entraînement, les moustiques ont été exposés à la seule odeur du répulsif. Plus de 60% d'entre eux ont tenté de piquer la maille, alors même qu'aucune poche de sang ne se trouvait derrière.
Préférence pour la main avec DEET
La scientifique Ayélen Nally a ensuite présenté ses deux mains, l'une propre et l'autre recouverte de DEET, aux moustiques entraînés. Les insectes ont préféré piquer la main imprégnée de répulsif. Des résultats similaires ont été obtenus en remplaçant le sang par du sucre, indiquant que ce n'est pas la chimie de la molécule qui est toxique, mais l'interprétation qu'en fait le cerveau du moustique.
Claudio Lazzari, professeur émérite à l'Université de Tours et co-auteur de l'étude, précise que ces résultats ne remettent pas en cause l'efficacité du DEET dans des conditions normales d'utilisation. Il souligne l'importance de respecter les indications des fabricants, car la concentration et la formulation peuvent varier.
Cette recherche vise à mieux comprendre comment les répulsifs agissent sur les insectes, afin de développer de nouvelles molécules plus efficaces et plus respectueuses de l'environnement.



